Journal — La fin du ciel ///

ça commence
ça commence comme ça
un jour on se dit qu’on partira dans le soleil
même si c’est loin dans le temps
on se dit qu’on partira dérouler l’été
alors ça commence comme ça
avec les copains mettre un point d’exclamation sur un point de chute
et dire tope-là on y sera dans six mois les cocos
yallah

faque tu pars un soir à deux dans une p’tite maison qui roule, coupé collé le bois à l’intérieur il a tout construit sous le soleil à côté de la maison de paillébois, outils tu ponces outils tu couds outils tu coupes mesures et visses, maintenant ça y est couleurs tissus barda de voyage sac de canyoning qui fait peur cordes mousquetons poulies que sais-je encore et matelas mousse épais comme un cuisseau d’ours draps propres lunettes de soleil en avant route
musique qui badaboum sur la route allez hop le jumpy qu’on a appelé caracole au début de nous deux alors qu’il n’existait même pas qui défile les kilomètres d’abord le bord de la france au début pour s’apprivoiser car la vie est différente à deux dans une maison qui roule peut-être on se connait pas tant peut-être on verra ça me fait des points d’angoisse quand tu fronces tes sourcils au volant mais tutto va bene allez vacances tu sais comment je suis je fais mes montagnes des petits détails qui n’ont pas d’importance
hola españa ça grimpe ça rocaille ça déboule dans les lacets ça monte au-dessus des lacs au-dessus des nuages ça redescend les pieds dans le sable parasols à touristes beach à familias goût du sel calor
canyon c’est de l’eau froide et des roches glissantes des vasques pour sauter des toboggans pour glisser c’est wow wow wow c’est trop haut ça j’y vais pas j’y vais ferme les yeux boire la tasse par le nez c’est ben du feune c’est beau c’est coule happy comme une petite fille t’as du sourire dans les yeux aussi j’te biche quand tu biches
soir paisible face à l’écran géant de la nature avec ta petite table salade tomate jambon fromage pain vin toutes sortes d’animaux de la mer bizarres enfermés dans des boites de conserve observation des colonies de fourmis ça cavale vite dis donc et elle c’est un soldat elle soldate elle regarde elle dirige elle s’use pas à porter des miettes de pain pendant que tu joues au dix mille avec tes six dés et ta bière chaude
matin réchaud café même routine pain qui grille dans la poêle oui madame qu’est-ce qu’on va faire aujourd’hui où est-ce qu’on va où est-ce qu’on se pose d’accord allez la marche d’approche allez le rappel allez bon je t’attends là je vais coudre mes rideaux et si tu reviens pas dans trois heures j’appelle les sauveurs de l’extrême paske j’ai quand même un peupeur quand t’es tout seul que rien ne capte dans tes montagnes sauvages
mais en cadeau c’est l’eau
ruisseau vasque fraicheur limpide mousse qui roule ramasse ta pierre la mienne c’est toi
ça se mélange partout fou
dame c’est la nature
comme j’aime
yeux dans les yeux
tac
on découvre que toi t’es comme ça et que moi je suis comme ça eh ho arrête hein ça va bon d’accord t’as raison d’accord je suis pas logique d’accord mais hein c’est moi c’est comme ça je fais ma p’tite fille mais au fond sourire tout le temps penser avec le cœur et se réveiller bras bonheur peau douceur dans ton creux toujours ça tombe bien de se chamailler pour savoir qui on est vraiment ça change de notre ville routine ça change de voir autrement ça change de respirer ailleurs sur autre tempo
café frappé espadon de poulet thon de boeuf vin blanc sec dans sa piscine de glaçons et sa cape noire de super héros quand derrière l’horizon le port se dessine bain du matin la mer pour soi lire dans le sable les cheveux mêlés bon dieu d’eau de poulpe qui sèche le crâne
je conduis trop vite je dépense trop d’essence brumisateur bim dans ta face ok tu conduis sinon tu t’ennuies moi j’écris je choisis la musique qui s’aléatoire pas comme j’aime je travaille je rattrape des fichiers de livres ordinateur sur genoux dans camion qui file comme le vent ça 3G pour corriger des millimètres de dos et des code-barres même en vacances il y a des livres qui veulent naître
y’a pas d’eau dans vos rios c’est malin de dessiner des petites vagues sur vos panneaux y’a pas d’eau dans vos rios mes pauvres loustics ça m’désole bien pour vous qu’il n’y ait que des herbes folles et des arbres à la peine et des potagers souffrants dans vos déserts de fleuves morts
autoroute on remplit les bidons on glace des cafés avec des pailles qui font mal à la langue vos palmeraies sont pas si belles en bas que vues du ciel chaleur de marcher échec de visite tant pis faut des flops pour avoir des tops finalement on en fait des choses en jours qu’on compte sur doigts d’une main route côte ville au loin on évite le monde on aime pas trop la civilisation alors fatigue on dort tôt comme des grosses poupoules
on déroule les paysages désert forêt montagne lac rivière sable de mer palmier gros ananas qui sort de terre pare-soleil tout autour de caracole cuando tomas tu café tomas tu café con caña pachamama quatre fois le tour des ramblas au feu les moustiques lanterneau ouvert sur étoiles peace and tranquillity to earth
on traverse des frontières pour retrouver nos copains qui font itou idem camion périple pero depuis le nord et hop on s’aimante tous vers le sud c’est aujourd’hui impatience ça va rire retrouvailles de folie
on croise nos chemins dans casa lagarto bonheur couleur campagne bem vindo maison ouverte eddy le chien qui boite muito on grille poiscaille on sauce on s’effusionne de fins délices comme savent les concocter nos amigos on s’abreuve dans la longueur vino tinto vino blanco bière sagres mini ricard pour pas perdre les bonnes habitudes absinthe black pearl galak white chocolate (licor 43 + milk) on joue follement blanc manger coco contrario jeu du chapeau miniville yams on explore des grottes magiques qui sortent de la mer on nage on se beach à touristes on mirador à perte de vue on bouée piscine bière farniente tranquillo on road trip jusqu’au bout du monde et dans un ailleurs où se mêlent rio et mer avec falaises à cheval
on parle de fourmis d’univers de graines de carouble qui muent chocolat on parle de cuisson de poisson et de maisons qu’on aura ailleurs quand on sera grands
étoile filante grosse comme un berceau de superman le vrai vœu c’est de vivre les matins toujours comme ça dans la chaleur de lui et de l’air autour de glisser sur le coton de sa peau et jamais finir de ronronner fermer les yeux pis caresser tous les monts toutes les vallées toutes les falaises toutes les routes pis se souffler bonjour et choper les secondes qui s’égrènent dans nos trêves matinales quand le monde un peu rouillé commence doucement à s’élancer dans la course et qu’on est encore dans le velouté du sommeil heureux
je me dis fou que tu m’fais rire toujours j’biche ta bonne humeur qui déploie la mienne même endormie au fin fond du tiroir j’biche que tu saches planter des auvents contre le vent lancer des barbecues sans galère et pêcher les insectes nos magnifiques punaises d’eau de piscine à l’épuisette comme quand j’étais petite et que nous aussi on avait ces bestioles qui vagabondaient sous la bâche et qu’on appelait des avions — j’biche que tu aies adopté ce nom-là
j’biche que les rochers de la côte soient stupéfiants dans tes cartes postales et qu’on se baigne comme des morues à l’huile de notre foie sous un soleil qui est plus chaud que celui de la bretagne
à bille à balle le sourire des yeux
on repart ça y est fin du mirage fermeture de l’oasis bye bye eddy direction folie festival
moketh et caracole on the road
on croise des corbillards parisiens sur les routes portugaises
y’a plus de logique en ce monde
cavalcade
du boum boum dans nos cœurs
campement camions techno château-fort
goutte-à-goutte rire à s’en décrocher la mâchoire spectacle de bouteille sur tête et tape du pied pour danser
on se perd on se retrouve jaune poussin pour repère sur monticule mon brave pupille allons explorer le monde
repos hamac cocon avec couette douceur dans tes bras et feuilles au-dessus des yeux ciel bleu lointain
jeu du chapeau fois douze avec dame ginette et la confrérie des tuc
tu fou rire un pour tuc tuc pour un
on revient
café pasta park4night on s’embourbe dans des galets
on joue à dots dans le doute on fait des carrés
bientôt retour bientôt toulouse
fatigue mais gonflage à bloc
penser travail déjà (toujours)
et ronron gabin
enfin tout ça pour dire que >

on déroule le monde un peu faque c’est ça la liberté
partir à deux dans une p’tite maison qui caracole
jusqu’à la fin du ciel