Journal — À nos mémoires ///

J’étais finement paisible là…

Y’en a un de nous deux qui va arrêter de se retenir la curiosité d’adulte pis qui va se lâcher lousse des parties pour combler le vide que la vie à deux laisse à la longue. J’ai juste peur. Parce que ça arrive à tout le monde je suis sûre sûre sûre qu’on peut pas s’en sauver. Un moment donné lui y va arrêter de mettre de la glace dans mes eaux de nuit. Un moment donné y va arrêter de se dire que je suis belle même quand je lui montre toute la série de menton que j’possède quand je veux vraiment. Un moment donné y va arrêter de me flatter le dos quand on est loin de la maison pis que je fais une crise parce qu’on a oublié d’arroser le cactus ou parce qu’on a oublié du linge mouillé dans laveuse. Un moment donné y va arrêter de pas se fâcher quand je crie après un itinérant qui crache par terre pas assez loin de mes pieds de princesse. Un moment donné y va arrêter de trouver ça presque cute que je souhaite la mort de son chat qu’il aime donc ben. Un moment donné y va arrêter de m’écrire en majuscules quand y me texte. Un moment donné y va juste utiliser des minuscules pour me dire ses choses de vie. C’est là que je vais vraiment le savoir. Je vais avoir raison d’avoir peur quand il va me texter qu’il m’aime en minuscules.
C’est une nouvelle sorte de tragédie.
Quand tu te rends compte que ton amour de vie repose sur de la calligraphie de téléphone ça fait paniquer.
Les p’tites criss de lettres ça brise toute.

Sarah-Maude Beauchesne, La petite calligraphie

J’ai encore plein de choses à raconter, ça va être long, ça va être trop long, mais tant pis. Alors retiens ta respiration. Ferme pas les yeux. C’est du sérieux today.

C’est la gigue des départs. Ça boum boum dans mon corazon. Ça me taillade, ça me baboule, ça me gigote, ça me scie, ça me mord, ça me tord, ça me serre, ça me tourneboule, partagée entre felicidad y tristeza, day vs night, avancer et rester, mais damn damn damn se souvenir toujours.

Alors que je suis si heureuse de revenir à Toulouse / back in the game fin juillet début août get ready la France ça va valdinguer dans les chaumières / je me débats avec une pitite angoisse de quitter Panoz qui s’en va à Lyon, mon copilote de travail et de vie qu’a tellement fait pour moi (des mondes entiers de merci suffisent pas). Angoisse, je sais quitter les endroits sans trop me triturer les sentiments mais les gens c’est toujours un peu plus raide, le pincement au cœur, l’anticipation des adieux à venir, quitter une ville, quitter un univers, quitter trois ans de vie commune, quitter ses habitudes, quitter une présence ; garder beaucoup de choses au fond d’son crâne, les bons souvenirs, pis les marrades, pis les envies, les projets communs. Comment faire pour ne pas se sentir dans l’vague de laisser tout ça derrière nous ? Mais c’est ce qui nous construit faque j’me dis que c’est ce qu’il faut faire, je l’ai décidé y’a longtemps, la machine est en marche. Se quitter, ça veut pas dire s’oublier, ça veut pas dire ne plus se soucier, ça veut dire tenir encore l’un à l’autre, avec des kilomètres entre nos cœurs. Ça m’en arracherait des larmes, vraiment, le soir quand j’me repasse le film devant les yeux. Mais ça me maquille la face de sourire itou because pas de regrets pas de nostalgie, de l’espoir, de l’avenir, de la route encore qui se déroule à nos pieds. À nos mémoires, part one.

Interlude. Rigole.

C’te fois-ci, on revient en arrière, j’ai même mis des jours dans le journal. C’est pas beau ça ?

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22 juin

(OK je suis déjà obligée de m’auto-interrompre car égrener les dates me fait direct penser à Luis Rego. Allez, mange donc du fasciste au p’tit dej. C’est toujours drôle d’avoir l’ombre de Desproges qui plane sur nos esprits, mes chéris. Drôle et bon comme un bon bourbon.)

Hahaha. Bref. Donc.
Tout a commencé par la folie furieuse des retrouvailles avec mon popotte. Paris, Paris, Paris, et les copines, aussi. Fous rires, fous rires, fous rires, nous v’là à Rennes pour THE mariage, et ça continue, tout ça, la folie, ça s’arrête jamais, épuisant. C’est fou comme on est drôles quand on est ensemble. Mais que pour nous. Anyway. Je travaille en mode roadtrip et on continue d’avancer, chope chope chope Internet et ordine ordine ordine avec ton mac avec ton book.
La vie c’est parfois réglé comme un film d’amis avec du feeling coton et du soleil : tout est bien à sa place, les couleurs sont sepia douces, à l’heure où le jour se mêle à la nuit (t’sais ça, en été, quand c’est le moment parfait de la chaleur sans vent et douce comme une caresse, qui se fond en toi), quand tout ressemble à une carte postale full felicidad qui t’fait dire que ça vaut le coup, le reste, tout le reste, parfois d’être dans le noir, parfois d’être perdue, juste pour accéder à cette lumière-là, à cette sensation de perfection, avec le monde rare et précieux que t’aimes autour de toi et que tu vois jamais pis juste les regarder pis juste les voir rire pis d’être là pour eux comme ils sont là pour toi, basta les kilomètres ; dame le temps passe, ça nous rajeunit pas mes p’tits potes qu’on s’dit en rigolant mais finalement pas tant. En v’là une de copine qui est désormais mariée, avec un polichinelle dans le tiroir et la bague au doigt, ça compte puissance mille ces yeux mouillés, cette émotion que tout le monde ressent, même nous qui faisons semblant d’être des durailles tout au fond de la salle à se poiler, quand ils se disent OUI (Oui ? On n’a pas entendu. OUI OUI OUI), après le discours hilarant de monsieur le maire. Dans la verdure bretonne, paradis naturel, prairie boisée, cabane, caravanes, chapiteau, grandes tablées, p’tit bar, p’tites loupiottes, p’tit bivouac, un cochon de lait, système improvisé pour faire tourner la broche (alors, tu t’assois dans un transat, tu fais tourner la broche en pédalant, ça c’est astucieux, 15 minutes chacun, allez hop), du bon vin, des fous furax qui dansent sur la piste, et emballez c’est pesé : les v’là mariés, nous v’là épuisés. On repart, on s’en souviendra, le premier mariage de la bande, à nos mémoires, part two.

26 juin

Bureau du jour : montagnes. Ça veut dire que « Ce livre a été fabriqué à 1000m d’altitude au fin fond de l’Ariège, il a le goût de la nature, du vent, du bois et de la verdure à perte de vue. »

À l’heure où j’écris ces lignes, le monde s’est arrêté de tourner pour quelques jours. Paris, Rennes, Saumur, Toulouse, me voilà à Lapège. J’suis perdue au fin fond des montagnes ariégeoises, dans un magnifique presbytère restauré par Mister Perignon, personnage haut en couleurs, vie folle et cœur sur la main, générosité, intelligence, sympathie, humour, et des yeux plus bleus que l’eau des mers lointaines ; à ma droite les montagnes, à ma gauche les montagnes, en face les montagnes, à côté les copains, bon vin bonne bouffe bonne jactance, la vie simple, havre de paix, piafs, chien, chats, bois, pierres, verdure, forêt, petit village, fleurs, chemins, plantes, soleil, de quoi se ressourcer de nature pour les mois à venir.

Quand on ne parlait pas de taupes ou d’ours slovènes, de vins ou de Nouveau cirque, on oscillait beaucoup sur la retape des baraques faite par le maître des lieux, ancien comédien, couteau suisse de la débrouille, roi de la récup : huit endroits retapés en tout dans sa vie, que ce soit une maison sur le port de Cayenne ou dans la Creuse. On parlait patrimoine local, et comment le conserver, et comment le protéger, et comment il est détruit, et comment les gens sont aveugles, qu’ils ne voient pas ce qu’il y a à côté d’eux, et qui est sans doute tout autant porteur d’histoire que les grands monuments. On n’a pas besoin d’escalader le Machu Picchu pour sentir vibrer le monde. Le patrimoine local pèse pas bien lourd dans la balance, et pourtant chaque pierre a quelque chose à raconter. À nos mémoires, part three.

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/ En parlant de mémoire, on s’aparte ? Apartons-nous. Aparté. Avec Jon Crispin qui a retrouvé 400 vieilles valises dans un asile psychiatrique abandonné, le Willard Psychiatric Center (découverte que j’aurais biché faire, fucking hell). C’est là.

28 juin
Toulouse. Mon havre de paix chez mon pirate et sa belle. J’habiterai bientôt dans un ancien hôtel, immense, qui réunit toute une faune bigarrée, internationale et magique, rue Bayard. La même rue qu’il y a huit ans. Pas fait exprès mais bouclons la boucle, retour aux sources. Ça va être fou mais j’en parlerai un autre jour, il y aura de quoi dire.

Elle est pas belle la vie quand on a de la bonne boustifaille, du bon vin et des bons copains ?

De revenir ici, dans la ville où j’ai commencé à tracer mon chemin, à partir sur un coup de tête à Lillo du Nord loin des copains (pour en trouver d’autres d’aussi fous), ça me rappelle ce que j’étais avant (hippie barjo), et j’ai l’impression d’avoir à nouveau 19 piges et d’être au début de quelque chose de nouveau, et de rien savoir. J’ai dans l’idée que l’emballage est encore neuf et que je suis toute fraîche sortie des roses, quoi. Ceux qui me connaissent peuvent se marrer à cette idée.

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C’est cadeau. C’est old. C’est Toulouse au temps des cerises, quoi.

À nos mémoires, part four.

J’ai découvert Le Bardi Manchot au marché de Saint-Aubin. Ça ragtime bien. Mettent le fire et sont doués.

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1er juillet
Gênes. Demain, départ fou furieux avec Panoz pour pécho de l’appart’ à Lyon. Je pars avec lui because je sais bien faire du bagou aux agents immobiliers mine de rien, et quand t’es indé c’est la croix la bannière alors mettons toutes les chances de notre côté, ça va être du grand pestacle, je vais faire la danse du ventre et balancer du sourire charmeur à tout va.

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Dans l’atelier Chapal&Panoz, on code à donf, il fait 1000°, on est tellement dans le rush, pis comme d’hab’ on fulmine parce qu’on est dépendants des gens qui sont à la bourre, et pour nous c’est pas trop la période où on peut être hyper flexibles vu qu’on a une LIFE à organiser aussi, les cocos. Je l’avais dit un peu avant :

Mon cher client, très cher client

7 juin 2015, 19:25

Pétage de plombs, à force, hein. Quand les uns et les autres s’accumulent, ça fait une pyramide de WTF tu me prends pour qui làààà. Moi je t’aime mon cher client, vraiment. Mais pense à moi.

Le petit mot du dimanche qui va bien et qui me fait monter dans les tourelles au triple-galop.

« Je sais que vous êtes rapide et efficace, je vous fais confiance. »

Deadline ?

Mardi-ta-mère. Mar-di. Maaaaardi. Mamamamardidididi.

Ça m’inspire du coup un petit rappel général. En douceur.

Cher client, toi, lui, elle, vous, nous, oh oh oh everybody,

Sache que je suis quelqu’un de sympa. Ça se voit pas vraiment comme ça, car je fais pas trop dans la dentelle et le rond-de-jambe, mais si si, je fais le plus souvent possible le maximum pour ton bonheur, my dear. Je bosse en vacances, je bosse la nuit, dans les trains, les avions, je bosse, je cours, pis je m’en plains pas spécialement parce que j’aime mon travail et je sais que je suis pas aux 35h, tant mieux tant pis, c’est pas la question, ça me donne la liberté de bosser de n’importe où et n’importe quand, donc je suis contente.

Du coup, pour que notre folle relation se passe correctement, je t’ai donné des p’tits conseils. C’est un peu donnant-donnant tu vois. Quand tu me dis sans ambages : « ça, il faut le modifier, ça va pas » et ben je modifie, je réfléchis, je trouve une autre idée, je débug, je corrige. Normal. C’est le deal. Jusqu’ici tout va bien.

Mais toi si tu es en retard de six mois sur tout, ou un an, ou deux semaines, whatever, et ben mon p’tit pépère, je le serai désormais moi aussi, à force. Déjà parce que je ne peux pas lutter contre le temps, à proprement parler, because — et j’en suis fort marrie — je ne suis pas Doctor Who, c’est-à-dire que mes journées en ce bas-monde ne font que 24h, et qu’en plus, pas de bol, j’ai cessé d’être insomniaque.

Je vais me la jouer grand manitou. T’assener quelques principes d’une voix forte et autoritaire, les sourcils froncés, le doigt pointé vers ton regard naïf et innocent. Aaaaaapprends à respecter ton planning. Apprends à écouter quand on te dit d’anticiper, de relancer tes auteurs, tes collaborateurs, tes ci tes ça, de faire des retours rapidement, de répondre à tes mails un peu plus souvent qu’une fois tous les trois mois (ce que tu fais vraiment). Saaaache que tu n’es pas le seul. Sache que ton prestataire doit gérer x clients qui ne respectent pas leur planning tout comme toi. Sache que ton prestataire il n’est pas à tes ordres, qu’il a une vie (plus ou moins) et que ce n’est pas ton larbin. Et que le bouquin (fichier-source non stylé) + la couverture (plusieurs propositions), à faire la veille pour le lendemain, mais comment Oh par tous les Dieux des Sept Royaumes (Anciens et Nouveaux), comment veux-tu que je fasse, humainement parlant ? Ai-je le pouvoir d’étirer le temps ? Penses-tu que je sois la big boss d’une équipe de robots-esclaves qui font le travail à ma place ? Pourtant, hein, je me magne, je suis arrangeante, tu peux pas dire que je me démène pas pour toi, cher client, toi-lui-elle-vous, et en plus, j’ai souvent bossé à l’œil — comme l’ont déjà fait tous les indés du monde (pas bien, pas bien, je sais). Mais au bout d’un moment… On est pros ou on ne l’est pas, toi comme moi.

En plus, on pourrait tellement faire de belles choses. On serait pas obligés de courir dans tous les sens et de se taper des nuits blanches pour tes beaux yeux car « je suis vraiment désolé mais c’est très urgent ». Tu nous payes même pas des millions pour ça. Mais on t’en demande pas tant ! On te demande un juste prix, tel Philippe Risoli (pardon) pour un travail. Permets-nous de te livrer ce travail. Correctement. Certes, il y en a qui s’en foutent. Tant qu’ils touchent le pognon. Ben pas moi. J’y mets un peu plus que des heures dans tes bouquins. C’est aussi de ma responsabilité qu’ils soient pas tous perraves à l’arrivée.

Je sais bien que tout ne dépend pas de ta propre volonté, j’ai l’habitude des projets collectifs, j’en mange au p’tit-déj depuis des années. Mais justement ! Si aucun maillon de la chaine n’est capable de faire sa job correctement et dans les temps, à quoi ça sert, tout ça ? Comment on fait ? Comment ça se passe ? On attend que les choses tombent du ciel ? On croise les doigts pour que ça soit avant fin 2018 ? Et nous on devra finir le livre en dix minutes et créer la couverture en cinq ? Faut un peu prendre ses responsabilités, et penser à ceux qui bossent avec toi, mon joli gentil pépère-coco-client. J’aime quand le taf est bien fait, ça me tue de te refiler des propositions qui ne me satisfont pas. Parfois je suis obligée de le faire. Parfois je dois rendre des trucs à d’autres clients en retard parce que les priorités s’accumulent, et les petites alarmes rouges clignotent partout. L’inspiration ça vient pas en claquant des doigts, en plus. Je suis pas une machine de guerre, j’avoue ma faiblesse : j’en enchaîne pourtant des couvertures et des livres, mais c’est vrai qu’à force, je dois admettre, parfois faut que ça repose tout ça, sinon ça donne plus rien, la source est tarie et je me retrouve face à mon écran d’ordinateur sans rien pouvoir faire, parce que tu m’as donné tellement d’indications contradictoires, souvent, en plus, que même suivre mon instinct m’est impossible. Tu me fais pleurer de rage, limite, parfois, tu sais, mon cher client. Tu me confrontes à ce type de choses en permanence http://www.webagencyfail.com/ et non, je ne t’en veux pas, car tu ne peux pas savoir, chacun son métier. Mais permets-moi de faire le mien, por favor. Yétenssoupli. Yéssouifatiguée.

C’est dans ton intérêt de penser aux intérêts des autres. Sinon tu peux toujours uploader ton PDF sur un convertisseur automatique et faire toi-même ta couverture, et crois-moi, ça m’empêchera pas de dormir. En plus souvent, je t’aime bien, t’es sympa et tu ne penses pas à mal. Mais juste… écoute-moi ? J’ai peut-être pas 30 ans d’expérience, tu me rappelles souvent que je suis « jeune » (oui, je mets des guillemets, pour satisfaire autant les plus jeunes que les plus vieux que moi) mais il ne m’en faut pas autant pour savoir comment on bosse. C’est une affaire de bon sens, toi-même tu sais.

Big bisous bien baveux et cœur avec les doigts.

Roxou Chapal de luxe.

EDIT : y’a aussi des clients gentils et respectueux et hyper organisés, et hyper réactifs, hein…

C’est le jeu, me dit-on, sinon faut pas être presta. Mmmmh moui mais bon, parfois y’a de l’abus. Il faudra aussi que je fasse un p’tit aperçu de ce qui se fait avec le studio Chapal & Panoz justement, on en parle jamais.

Tant que t’es là, check donc du hip-hop sauce classique, ça te fera pas de mal.

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Publie.net ça va bouger encore, ça s’organise bien, on a de bons outils, et Guillaume est désormais bien dans la place, ce qui veut dire qu’on va pouvoir travailler ensemble (c’est déjà le cas) et avancer. En plus, il me semble qu’on est bien sur la même longueur d’ondes sur pas mal de choses, éditorialement, logistiquement, et tutti, donc moi qui suis d’habitude pessimiste, je remballe, pour une fois j’ai de bons espoirs.

Il faut que je refasse le site, fusionne des collecs, simplifie tout le sac de nœuds (enfin, tenter), continue les mises à jour, relance un peu tout ce que j’ai laissé de côté (les opérations promos, les articles, etc.) ; il faut aussi qu’on aille vraiment sur le terrain du web. Il faut, il faut. Ma baisse de motivation de cette année m’a un peu plombée au niveau de Publie.net, il faut bien l’avouer. Quatre ans bientôt, pis l’impression d’avoir dit beaucoup de choses parfois et de pas avoir été trop écoutée quand j’ai tiré des sonnettes d’alarme et quand j’ai pointé des problèmes (bon peut-être que j’ai moi-même créé des problèmes, cela dit). Pour qu’une boutique tourne, faut qu’ça soit carré (paradoxalement). Je me dis souvent que j’ai pris trop de place dans la maison d’édition et que je me suis beaucoup épuisée à essayer de faire remuer la machine, mais peut-être pas dans le bon sens. Pis le taf collectif, c’est beau sur le papier, mais ça rend les choses souvent compliquées et lentes quand on est n’est pas pile investis de la même manière. Mon rythme étant à l’opposé de celui de Gwen, certaines situations m’ont rendue vraiment barjo. J’ai essayé de m’en détacher, mais en me désinvestissant de certains problèmes et responsabilités, je me suis aussi coupée un bout de motivation. Bon, ce fut en gros une année pas facile, la cession a été un calvaire, l’accident de Gwen aussi, et tout cela a pesé terriblement sur la suite, je n’ai pas compris toutes les réactions des uns et des autres, et je me suis souvent demandé quel était mon rôle là-dedans. Cependant, le gros nuage noir est passé, et la route se trace plus sereinement désormais. Donc là je suis la tête dans le guidon sur les mises à jour du catalogue et sur le site.

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« Dans une vallée, dont nos yeux pouvaient à peine embrasser l’étendue, se dressaient pêle-mêle des dômes, des colonnes, des portiques, des flèches élancées, des combles immenses, des frontons, des statues, des chapiteaux, des entablements, des crêtes, des corniches ; et à notre gauche nous voyions se profiler, fier et hardi sur le ciel noir, le couronnement de l’arc triomphal élevé par un des derniers Poléons de la France à la gloire de ses armées. Aucune secousse n’a donc ébranlé la grande cité, et elle doit se retrouver telle aujourd’hui qu’elle était il y a deux mille ans, à l’heure où s’est précipitée la gigantesque avalanche de terre, de cendres et de sable sous laquelle elle est ensevelie. » — Télécharger le livre

Tiens, une petite série (chelou, j’en conviens, mais ça me changeait) de ce qui ne sera pas la couverture d’une prochaine parution « Laques » de Gabriel Franck, mais que j’me suis tripée à faire tout d’même alors allez hop je montre.

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5 juillet
Épopée pas triste à Lyon pour aider Panoz à trouver un appart’. Canicule, kilomètres, pickpocket, j’ai positivé tout le long de la route, j’ai fait le max, on verra bien. En parlant de positiver (et de mémoire)(et oui mine de rien y’a un fil rouge dans cet article vois-tu…), on est allés voir Vice Versa, j’ai bien ri. Bon, ça dégouline de bons sentiments, mais y’a du gros fun et le concept est vachement intéressant.

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Les bons vieux retours cahotants dans les trains italiens surpeuplés : lenteur, bruit, chaleur, et ça gueule, et ça braille, des bagages jusqu’au plafond, les clandés, les rebeus, les vieux d’la vieille qui patoisent de l’italien venu du fin fond des montagnes, les mamas, les gosses, les d’jeuns qui reviennent de la plage, on s’empile, on s’entasse, il fait 1000° et on sait jamais quand on part, on sait jamais quand on arrive, mais on a la mer comme compagnon de voyage, faque ça vaut tout l’or du monde quand on vadrouille.

Ce que tu vois de la fenêtre du train

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Interlude musical (avec la voix de FIP Radio, bien sûr)

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Toujours faire sécher ses cheveux au soleil, ma voisine d’en face est coiffeuse à domicile sur le toit qui lui sert de balcon. Je biche. Viva Genova, viva Africa!

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J’essaye de mettre des sous de côté pour retourner là-bas fin décembre début janvier, ça se rapproche, ça se prépare, l’Amérique Latine.

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Cucurucu!

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Coup de pub au passage.

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Love pour les copaingues Walrus ebooks c’est d’la belle job tout ça, allez go allez lire des histoires qui dézinguent, qui baboulent, qui défouraillent, qui envoient du p’tit bois, du zombie à la pelle, du steampunk, de la SF jobar, bref  soyez dingues, soyez flamboyants ! Pulp powa pa’ siempre!

Je voudrais bien continuer Mohsadena, mais j’ai pas le temps, avec tous ces fucking déménagements, c’est l’infierno.

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J’ai quand même écrit Cinéma qui commence à montrer que cette histoire est vraiment pas claire. Là c’est même pas un premier jet, c’est un jet zéro. J’ai les images dans la tête mais il faut encore que j’arrive à les écrire autrement qu’en mode découpage scénario storyboard. Anyway. Un jour.

La terre tremble. Un immeuble surgit soudain au second plan, juste derrière Lupo qui semble ne s’apercevoir de rien. Il est immobile, le regard figé sur les pages du carnet rouge désormais densément remplies. Lily non plus ne bouge pas, et pourtant derrière eux, dévorant la rambarde de fer, la mer et les falaises, jaillissent de terre des centaines de bâtiments de verre, immenses, qui se bousculent les uns les autres, prenant toute la place de l’horizon. Les deux enfants semblent soudain minuscules, le regard se déplace, le nôtre, le vôtre, et on ne voit plus ce souvenir depuis les yeux de la jeune fille, non. Impossible, puisqu’ils sont désormais face à nous, telles deux statues, comme deux personnages de théâtre transformés en marionnettes de cire balancés sur une scène éternelle, qui dure et se répète à l’infini. C’est ce qui arrive quand un souvenir vient en manger un autre. Le premier se fige, le second s’impose. Battement d’ailes mécaniques. Les immeubles de verre cessent leur ascension infernale. Lupo reprend vie durant un millième de seconde : assez pour lancer un regard effrayé, presque implorant, et ouvrir la bouche. Aucun son n’en sort, le second souvenir a pris la place du premier.
Nous voilà face à des centaines d’immeubles scintillants, des champs de fenêtres et de façades réfléchissantes, à perte de vue, et le bruit du vent court entre chacun d’eux, dans les rues désertes. Le sol est recouvert d’une texture sombre qui ressemble à du goudron bouillonnant, épais, mouvant. Il n’y a rien d’autre. Pas âme qui vive dans cette lumière démultipliée, cette galerie des glaces modelée pour les géants. Par les géants ?
En une seconde, presque imperceptiblement, la lumière vacille, les vitres tremblent ; et soudain, précipices imprévisibles, fleuves fracassés, des milliards de fragments lumineux se jettent dans le vide, en une chute vertigineuse. Stridence de la brisure. Mugissement, vrombissement, rumeur sourde, indéfinissable. On la sent arriver de loin et se rapprocher rapidement, comme un présage, comme une menace. Les immeubles semblent alors littéralement se briser, s’effondrer. Le cri d’un aigle. Son ombre qui passe sur les façades. Et puis, sans qu’on puisse la voir arriver : l’eau. Qui déboule dans les rues en flots furieux, avec une force monstrueuse, à une vitesse effrayante. Il n’y a plus de repères. Il n’y a plus de terre. Il n’y a plus d’air. En quelques secondes d’une violence rare, le monde de verre est avalé sous le monde liquide. Vagissements d’une terre qui s’écroule : les cocons de verre, vides, jadis matrices des gardiens, ceux que l’on appelle les Protecteurs et qui ne sont désormais plus qu’une centaine, explosent et se noient. La cité fantôme devient cité morte.

Entre les bâtisses englouties, désormais vestiges, et pourtant si fièrement dressées quelques minutes plus tôt, une armada de vaisseaux sous-marins passe lentement et prend possession de son nouveau territoire. D’énormes vaisseaux-baleines, des poissons mécaniques de toutes tailles et de toutes sortes, chevauchés par des hommes à la taille démesurée, aux longs cheveux, aux visages tatoués, aux branchies palpitantes et aux cuirasses d’écailles, des armées de bestioles marines aux gueules terrifiantes, aux yeux rouges, aux dents acérées, aux nageoires surpuissantes, menés par les pirates de Kachak, arrivent en files infinies dans un bouillonnement océanique. Bleu sombre, débris de verre noyés, mais lumière tout de même qui perce l’obscurité et permet d’admirer la scène : d’où vient-elle ? Y’a-t-il une surface qu’on ne puisse voir ?
Kachak est un homme de six mètres de haut. Ses cheveux sont des anguilles qui s’enroulent et se déroulent dans le bouillon aquatique ; on voit leur gueule s’ouvrir et leurs yeux s’agrandir à chaque mouvement du grand manitou. Des tatouages rouges et blancs couvrent son visage et son corps, il n’a pas d’armure, il est nu ; ses yeux sont bleus, presque blancs. Comme tous les hommes de son espèce, sa peau est translucide, ses cheveux sont de cendre : les hommes aquatiques ne voient presque jamais la lumière, elle n’a pas le temps de leur brunir la peau, de leur cuire les cheveux. Les êtres qui peuplent les tribus de Kachak sont immenses et longilignes, leurs articulations délicates et fragiles. Sous l’eau, leur faiblesse apparente est au contraire une force incommensurable, une arme redoutable. Corps lisses et fins, presque squelettiques, aux pouvoirs insoupçonnés. Spectacle fascinant, spectacle terrifiant. Dans le silence du monde de l’eau, la horde se rapproche du Mur. Les sourires sont terribles et la peur qu’ils inspirent est hypnotique.

À nos mémoires, part five (tout n’est qu’une question de mémoire dans ce maudit texte que je ne finirai jamais).

Pour s’achever : marrez-vous avec John Oliver, c’est un ordre. MARREZ-VOUS. Et réfléchissez, aussi.

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(Périple de Candice Nguyen à bord du Manguier au Groenland, voilà quelque chose que je bookerais bien pour l’année prochaine…)

*

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(Source)

À biental dans tous les seeeeens !

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Non.

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Je sais.

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Non.