José Carlos Somoza : deux pour le prix d’un

Premier précepte : ne jamais lire deux Somoza à la suite. Je vous jure, je l’ai fait et ça gâche pas mal la lecture. Pourtant monsieur José Carlos Somoza, psychiatre de son état, est un très bon écrivain. Il sait maintenir son lecteur en haleine. Mais - tout du moins dans La Dame n°13 et La théorie des cordes - il utilise toujours les mêmes ficelles nous reléguant au statut du lecteur désabusé qui soupire un « trop facile » à chaque page.

 

La théorie des cordes

C’est donc le premier livre que j’ai lu. Digne d’un film d’action américain (les bons ingrédients du film américain, pas le péjoratif ni le cliché), ça commence fort dès le début, ça embraye vite, et ça sent le sapin dès le début pour les personnages. On est plongé directement au coeur d’une intrigue qui mêle habilement la physique (la théorie des cordes que Wikipedia vous expliquera bien mieux que moi…), le thriller, le sexe, la violence (voire le gore, mais c’est parce que je suis une âme sensible) et le fantastique. Tous les ingrédients pour une belle réussite me direz-vous. Et bien oui. Si ce n’est que passée la première moitié du livre, tout ça retombe comme un soufflé… A force d’attendre, d’attendre… nos sens perpétuellement en alerte se lassent et on se dit « Ca ne viendra jamais, fucking hell ».

La théorie des cordes

De quoi ça parle tout ça ?

De la scientifique Elisa Robledo, jeune physicienne talentueuse et très très très séduisante, qui avec un petit groupe de super génies, est sur une île du bout du monde et cherche la façon d’ouvrir des portes dans l’espace-temps. En gros, le but est de mater Jésus ou les dinosaures. Tout ça, sous l’égide d’un consortium qui s’appelle Eagle Group, et qui va buter à tout va quand le projet va déraper. Ca, c’est la partie « normale » du livre. Le côté malsain, taré, diabolique, flippant, arrive avec le Monsieur aux Yeux Blancs qui s’immisce dans les rêves (mais sont-ce vraiment des rêves) de tout le monde et fait un gros carnage.

Paradoxalement, j’aurais voulu plus de détails. Il y a des choses qui auraient mérité d’être approfondies tandis qu’on aurait pu se passer d’autres sans en porter le deuil. Je ne demande pas du Umberto Eco (il m’a fallu Wikipedia en intraveineuse pour lire correctement le Pendule de Foucault) mais puisque Somoza est un formidable vulgarisateur, il ne fallait pas qu’il hésite à nous balancer du mystère (sans pour autant nous gaver d’équations, je sais à peine faire une addition).

C’est donc un très bon livre même si la fin n’est pas à la hauteur de ce que Somoza nous a fait miroiter au début. Il réussit néanmoins son coup, nous faisant voyager dans les lymbes du rêve, du temps, du monde. Il a construit son récit en imbriquant trois « espaces-temps » et ça fonctionne admirablement.

Ce qui fonctionne moins par contre, c’est :

La Dame n°13

Le deuxième roman de Somoza que j’ai lu. Il est vrai que je ne fais pas les choses dans l’ordre, Somoza ayant publié La théorie des cordes après La Dame n°13. Peu importe. Ce livre possède les mêmes ingrédients que le premier. Hélas, redondance oblige, plus rien n’est étonnant. D’ailleurs, ne serait-ce qu’à cause d’infimes détails (la française s’appelle toujours Jacqueline, il y a toujours une/un « Robledo » comme personnage… à croire que Somoza possède peu d’imagination en ce qui concerne les attributs de ses personnages… de jeunes femmes magnifiques, professeurs un peu à l’ouest…) Si dans La théorie des cordes, Somoza nous entrainait dans les passionnantes énigmes de la physique, ici il nous immerge dans les lymbes poétiques où certains vers, correctement récités, sont de véritables armes. L’idée m’emballe. Le pouvoir des mots, l’obscurantisme passionné de la poésie, ce code secret presque neuf car tellement inexploré, tout ça est formidablement intriguant pour peu qu’on soit amoureux des mots. Dans La Dame n°13, on retrouve donc la notion de rêve « presque réel », les cadavres (plein, plein, plein), les questionnements, la psychologie, les énigmes… la souffrance, beaucoup de souffrance. On ne ressort pas heureux des romans de Somoza mais on a vécu un moment spécial, un peu hors du temps. Si La théorie des cordes fait appel à la rationalité, La dame n°13 est clairement mystique. Que les cartésiens passent leur chemin et que la poésie soit !

La Dame n°13

Qu’est-ce qui se passe pour La Dame n°13 ?

Rulfo, un jeune prof dépressif et complètement à l’ouest, passionné de poésie, fait un rêve qui le ramène toujours à une maison bourgeoise où s’est déroulé un crime atroce. C’est en fait un cauchemar qui le mène sur la piste d’une secte composée de « sorcières » (pas de balais ni de chapeaux pointus), les muses des poètes de tous temps. En gros, et pour la faire simple : si les poètes ont été inspirés par ces charmantes demoiselles, ce n’était pas pour l’amour du Verbe, mais bien pour créer des vers de pouvoirs qui deviennent des armes. Et ça commence à déraper quand il s’aperçoit qu’une mystérieuse hongroise (magnifique) fait le même rêve que lui…

Tout ceci est absolument cousu de fil blanc mais ça pourra sans doute vous plaire si vous ne lisez aucun Somoza avant. Habile écrivain, fin narrateur, il mériterait cependant de se pencher plus en profondeur sur les choses : pas assez ambitieux, il a réuni tous les ingrédients, connait la recette mais fait la tambouille à la va-vite. Il se contente de la cuisine d’un petit restaurant de province* alors qu’il nous promet du Quatre étoiles Michelin.

Il parait néanmoins que La Caverne des idées, le premier qu’il ait écrit, est le meilleur. Je vous dirai ça dans un an ou deux…

* pas péjoratif, je suis une provinciale (et je m’en porte très bien).