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Hélène Riff, du jour où papa a tué sa vieille tante à comment l’éléphant a perdu ses ailes.

Il y a quelques années de cela, j’étais en train de vagabonder entre les étagères surchargées d’un bouquiniste parisien quand soudain, surgissant de nulle part (tel un aigle noir), un album au nom surréaliste m’a frappée de plein fouet. Bim bam boum, j’avais entre les mains Comment l’éléphant a perdu ses ailes. Texte de Marie Nimier, illustrations d’Hélène Riff. Je n’avais pas un penny à débourser ce jour-là et j’ai dû l’abandonner à d’autres mains. Fatale erreur que je regrette amèrement aujourd’hui puisque je n’arrive pas à remettre la main dessus. D’ailleurs, je le cherche toujours. Toujours, toujours, toujours. Amazon me fait croire qu’il l’a en magasin, mais il me ment à chaque fois. Et ni libraire, bouquiniste, collectionneur ne peut m’aider : le livre n’est plus édité mais on dirait également qu’il a disparu de la circulation. Ou alors, il me fuit. Sale histoire…

Comment l'éléphant a perdu ses ailes
Comment l’éléphant a perdu ses ailes - si vous le savez, faites-le moi savoir por favor !

Du texte, je ne me rappelle guère, je l’avoue. Par contre, l’illustration m’a tout de suite frappée. Quelque chose à la croisée de la poésie et de la douceur. Si peu en accord avec ce que je suis, moi qui ne suis ni poète ni douce. Il a fallu le grand coup de fouet d’Hélène Riff pour que je m’intéresse d’un peu plus près à la littérature jeunesse. C’est dire si je lui en dois des choses à cette madame Riff. C’est elle qui a tout déclenché. Après mon malheureux épisode chez ce bouquiniste  (quand je pense qu’il me manquait trois euros pour l’avoir cet album, j’enrage), j’ai dévoré mille fois le livre de Sophie Van der Linden Lire l’album jeunesse. Ou était-ce Images des livres pour la jeunesse : lire et analyser de la même Sophie Van der Linden et d’Annick Lorant-Jolly ? Je ne sais. Je les ai tellement lus et relus… qu’ils se confondent. Or donc, que vois-je, abasourdie mais heureuse, au détour d’une page sur - comme d’habitude car on ne peut guère passer à côté - de Ponti, Munari et consorts ? Madame Riff. J’étais aussi fière que si j’avais été Hélène Riff en personne. Parce qu’on parle toujours des mêmes. Et puis c’est normal hein, parce qu’ils le méritent (généralement). Mais parfois, ils prennent trop de place. Laissons les lauriers aux grands chef de la littérature jeunesse (qui le méritent) et intéressons-nous à ceux qui, dans l’ombre mais pas tout à fait (l’ombre n’est pas péjorative, il y a plein d’ombres qui méritent le devant de la scène, il n’y a qu’à voir celle de Peter Pan puisqu’on est en plein dans l’imaginaire), construisent en silence et avec cette humilité qui fait la force des gens doués, quelques belles pages des livres pour enfants…

Page Hélène Riff

Je ne sais pas vraiment l’expliquer, je n’ai pas ces mots justes qui pourraient coller au plus près des dessins et des histoires d’Hélène Riff. Elle n’hésite pas à balancer son trait naïf - faussement naïf - dans des espaces vierges : c’est de l’art sans les grands préceptes que l’on met derrière. C’est un collage permanent de l’instantané et c’est sans doute ce qui me plait chez elle. Des albums comme des tableaux, découpés au pinceau, épurés, embrouillés de mille détails plaisants. Des textes drôles, durs, tendres, rêveurs, vrais, qui s’entremêlent tellement à l’image qu’ils en font pleinement partie. Image et texte ne forment qu’un tout, formidable tout, évadé des conventions. Un souci d’allier simplicité et poésie : pourquoi faire compliqué quand on peut faire beau ? Mais surtout, derrière les apparences de ces textes courts se cache une profondeur toute particulière qui fait que l’on s’y reprend à plusieurs fois avant de pouvoir refermer l’un de ses albums… Comment donner une place à ces mots qui se trimballent d’un bout à l’autre des pages, sans ordre vraiment apparent, sans commune mesure avec ce que l’on appelle l’album jeunesse classique ? (Qu’appelle-t-on album jeunesse classique, « ou comment se tendre un piège toute seule »). Peut-être est-ce son goût pour les histoires de famille qui me plait. Un grand coup de nostalgie ? Même pas. Quelque chose de plus profond, à mettre sur le compte du temps qui passe mais c’est tout. Pas de trémolos dans la voix quand on parle de Papa.

On ne peut tout simplement pas mettre dans des cases ces instants-là. Quand on lit Le tout petit invité, la boucle est bouclée. Il faut le lire pour comprendre.

Page Hélène Riff

Mais qui est Hélène Riff ?

Certainement pas quelqu’un qui se plait à dévoiler sa vie. On peut toujours essayer de tracer Madame Riff sur Internet, les infos sont maigres et l’on reste sur sa faim.

On sait qu’elle est née en 1969 à Alger, qu’elle est entrée aux Beaux-Arts de Montpellier à 17 ans puis qu’elle a fait un premier cycle d’arts appliqués à Lyon, un deuxième cycle des arts décos à Strasbourg, puis passage à Paris avant de s’établir à Arles. Elle a surtout été publiée chez Albin Michel Jeunesse.

Mais depuis 2005 et Le tout petit invité (mention spéciale à la fabrication du bouquin), où est donc passée Hélène Riff ? Mais que se passe-t-il dans son monde ?

Je ne sais pas. En revanche, en attendant, vous pouvez lire ses albums :

  • La chaussette jaune - Albin Michel, 1995
  • Comment l’éléphant a perdu ses ailes - Textes de Marie Nimier, Albin Michel, 1997
  • Le jour où papa a tué sa vieille tante - Albin Michel, 1997
  • Papa se met en quatre - Albin Michel, 2004
  • Le tout petit invité - Albin Michel, 2005
Pour en savoir plus : interview réalisée par le site Ricochet et critiques de Lucie Cauwe au Soir.