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Journal — Escale ton coeur ///

Y’a juste un sourire, dans ma face, qui est apparu. J’ai respiré fort, tellement fort qu’un chef d’orchestre m’est rentré dans l’nez.
Y’a atterri dans mon chest (et croisé la gang du Bus magique qui tournait l’épisode du corps humain.)
Y’a sorti sa baguette et y’a dit à mon cœur : « Attache ta tuque le gros, tu vas accélérer et battre plus fort. Accélérer et battre plus fort. Accélérer et battre plus fort. »
Boum, il bat. Boum, encore. Manquait juste un « Chica chica » et on avait une toune d’Alys Robi.

Pause dans la course, respiration. Nécessité de fermer les yeux pis de mettre des mots là-dessus. Ça te calme dans le tourbillon de la vie, ça te dit : Respire, wow, t’es pas obligée de courir tout le temps, un mot après l’autre, un pied devant l’autre, personne est à tes trousses. Ça non, et faudrait ben du courage, parfois je me suis plus moi-même, catch me if you can. Je suis comme Lucky Luke qu’aurait troué son ombre avec un peu trop d’enthousiasme, pis qui se dirait : Fuck, j’en avais encore besoin, quelqu’un a-t-y une trousse de secours, ombre à terre, ombre à terre !
Ces derniers temps, j’ai couru pas mal vite entre les trains et les avions, j’ai grimpé sur le podium de quelques galères, j’ai roulé ma bosse, là, pas très loin, mais sans arrêt, ça épuise mais ça rend vivant.
J’ai travaillé dans les aéroports et les gares, pas facile le working nomade, et pas facile surtout le travail maintenant que j’ai compris — je le savais avant mais je le vérifie désormais — qu’il y a pas tellement d’amitié là-dedans, jamais jamais quand l’oseille se radine, et que tous les coups sont permis. Coups de couteau, coups de massue, coups de tête balayette, les beaux discours pour la gloire et les mesquineries pour les fonds de tiroir, même si les bons sont méchants, à quoi ça sert de passer ses nuits pis ses jours à se battre dans le vent ? Comment ils font pour se regarder dans le miroir ces gens-là, qui méprisent bien haut bien fort tout le reste, se proclament victimes mais marchent en bourreaux ? La cour des mensonges, la gigue de l’ego, on la joue solo pour briller plus fort, ça éblouit, c’est joli, et tout le monde n’y voit que du feu, car le but finalement, c’est de tirer la couverture à soi pour être sûr d’avoir toujours chaud. C’est sans doute humain, mais ça fait mordre la poussière aux naïfs. Bref, c’est ça l’édition. Aussi.

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Dans le clan des Positifs, je recommence le travail « public » (en coulisses, j’ai beaucoup bossé, notamment pour anticiper les trois semaines de Pérou qui arrivent, mais j’étais fatiguée de communiquer publiquement, je ne savais plus quoi dire, comment le dire, et surtout j’avais envie de me taire, c’est usant de parler, surtout sur Internet, sans cesse épiée, chaque parole interprétée de travers, chaque mail comme une possible engueulade, chaque tweet sujet à débat — pas les miens, j’aime pas les batailles rangées de cours de récré —, c’est le jeu du Web, je sais), et la publication du beau premier livre de la « rentrée » me redonne du souffle. Galère parce qu’on n’a pas encore Internet, et qu’on jongle entre le Free Wifi et une clé 3G. Travail solidaire et collectif amorcé ces derniers mois avec le comité éditorial et les directeurs de collection qui me fait me sentir moins « seule » — même si Gwen a toujours été là of course — et me permet de prendre du recul. Quand on est dedans H24, pas facile. Pour ça que cet été était nécessaire aussi, pour m’éloigner du travail, de l’édition, du graphisme, du code. Revoir les copains, recharger les batteries, repartir à l’assaut, tac tac, en y laissant quelques plumes quand même, mais quand on joue avec le feu…
Panoz bosse dingue, on a loupé Lurs (invités par Frank Adebiaye, on lui en a fait voir de toutes les couleurs avec notre planning impossible là, tout ça pour pas pouvoir venir, honte), les problèmes de déménagement, de voiture, on a encore plein de projets pour Chapal&Panoz, jamais trop le temps de m’y mettre autant que je le devrais, mais Panoz bosse dingue, dingue, et bien, augmente de level, gagne des points, gagne des vies, on réseaute juste pas assez, on n’est pas des businessmen, on est des ours.
Comme un signal, j’ai revu ma pote d’enfance Julie il y a quelques jours, elle avait gardé toutes les lettres envoyées depuis toujours — best friends forever, toi-même tu sais, avec des coeurs et de l’espoir — et déjà en 6e, j’avais calculé que « dans cinq ans, avec mes économies, je pourrais me payer un joli voyage ». Je pense qu’on ne se retrouve jamais. On est un peu moins innocents, mais on nage quand même dans l’inconnu, on se perd toujours autant. Tant mieux.

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Génova, c’est une escale. C’est comme être en vacances dans un petit village italien. Il y a les ruelles, les petites boutiques, ce qu’il faut de bruit pour que je n’aie pas l’impression de mourir dans le vide, la cuisine merveilleuse à pleurer, on sent la mer, le port, ça vit, ça grouille sous les arcanes, il y a le soleil et il y a la pluie, ça vente, ça chante, et il y a surtout le sourire des gens. On fait chauffer l’eau dans une petite casserole pour noyer le café dans la cafetière à piston, on ouvre les rideaux et les fenêtres dans le clair-obscur des matins pas encore bien dessinés, on mange de la ricotta, du pesto et de la mozzarella avec des pomodori et du jambon de Parme, la bière est rossa et piccola, l’atmosphère cotonneuse, on dort bien, on ne se réveille vraiment qu’à midi je crois, on fait sécher son linge aux fenêtres, on arpente, on marche, on grimpe, on redescend, rien n’est compliqué ici, les papiers, la vie, c’est de l’huile, ça coule tout seul, ça dévale les pentes, dans le labyrinthe de pierres et d’ombres, et ça ronronne au bout, c’est chaud, c’est un film avec Hepburn, avec des robes à pois et de la musique jazzy dans l’air. Mais je suis encore en transition, je me dis : On verra après le Pérou. On verra pour parler italien correctement — je parle espagnol avec des mots italiens, je comprends ce qu’on me dit, mais j’ai pas le réflexe de parler —, on verra pour aller au théâtre, au cinéma, pour rencontrer des gens, pour ranger les livres, pour aménager le bel appartement, avec le parquet brun un peu vieux qui glisse, avec les grandes fenêtres qui attrapent la lumière et le chat noir Gabin qui biche fou dans son nouvel univers, on verra après. On verra bien.
Barcelona ne me manque pas.

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Pour l’instant, à la fenêtre, je souffle dans mon truc-à-bulles — personne sait comment s’appelle cet engin, je me trompe ? —, ça s’envole chez les gens qui sont posés à leurs fenêtres de même, j’écoute RJD2 (celle-là) et je bois du vin blanc, en bas la terrasse du bar, c’est un bonheur suspendu, j’accroche mon coeur comme je peux, je fais un noeud pour l’empêcher de faire n’importe quoi, je ferme les yeux, pis j’enfouis profond ce sentiment qui m’anime comme un moteur, celui de vouloir être là où je ne suis pas, c’est-à-dire partout, c’est-à-dire nulle part, c’est-à-dire loin.
Pour une fois, je sais bien où j’aurais voulu être /// mais… ce qui remue, ce qui bouillonne, ce qui anime dans l’impossible, ça fait pleurer les petites filles de 26 ans dans la chaleur italienne et ça les fait sourire en même temps.

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L’art de la réclame | Léo Claretie

L’ART DE LA RÉCLAME

Note : il est intéressant de voir que rien de ce que nous faisons en 2014 n’est différent de ce qui se faisait en 1899. Et que la réclame a toujours (ou presque) existé… Et cette phrase, qu’on pense moderne : « On est trop pressé ; on n’a plus le temps de lire. »

La réclame a ses lois, sa marche, que pourrait aisément déduire et déterminer un économiste.
Certaines conditions sont à observer.

Emplacement. — C’est une importante affaire de bien placer sa publicité et de lui trouver l’endroit le meilleur.
Or, en l’espèce, l’endroit le meilleur est celui qui sera le plus regardé par le plus grand nombre d’yeux.
Une réclame dans un endroit peu fréquenté serait oiseuse.
Cependant j’ai vu et lu des réclames de pianos et de corsets dans les plaines désertes de l’Idaho, au pied des montagnes Rocheuses.
Elles sont peintes en noir sur des faces du roc.
Les peintres qui les ont faites ont dû voyager deux jours avant d’en arriver là.
Est-ce donc pure manie ? Non pas, puisque je les ai vues, et qu’elles m’ont frappé, et que je vous en parle. L’endroit est sauvage, mais il y passe un train par jour dans chaque sens, le Pacific Railroad, qui relie New-York à San Francisco en six jours. Les passengers désoeuvrés lisent ces annonces imprévues, se les montrent, en causent dans le parloir du pullman, et l’effet est produit.
Il serait surprenant qu’en matière de réclame les Américains fissent quelque chose d’inutile.
Les emplacements ordinaires sont bien en vue : les murs, le front des marches d’un escalier public, les journaux, surtout les premières pages, où l’annonce plus imprévue coûte plus cher, les colonnes plantées sur le trottoir.
À New-York, tout est bon, car il ne faut pas qu’une surface exposée sur la voie publique demeure improductive. On met des annonces jusque sur les boites à ordures qui séjournent le matin devant les maisons. Il y en a tout le long des poteaux des réverbères, sur les cadrans des horloges publiques ; les heures sont remplacées par des lettres qui composent le nom d’un fabricant ou d’un produit.
La réclame envahit le trottoir, s’y installe, vous barre le chemin, pour que vous vous aperceviez qu’elle est là, au moins, en vous cognant dessus. Un gros poteau tricolore ou une statue d’Indien en bois peint vous informe que la maison devant laquelle vous passez est un établissement de bains ou un bureau de tabac. Il vous faut heurter ou frôler ces obstacles pour passer. Et quand vous baissez les yeux pour regarder à vos pieds, vous lisez de grandes lettres dessinées par le dallage du pavement.
Le trottoir, sans cesse piétiné, sillonné, regardé, est une excellente surface. À Paris, la Préfecture de police en interdit l’usage, ou à peu près. C’est un tort. Le trottoir ne perdrait rien à être bariolé, et son entretien par les intéressés dégrèverait d’autant la Ville.
À Minneapolis, à un coin de la Main Street, des plaques de nickel sont encastrées dans le trottoir. Elles sont découpées en forme de pieds nus, pieds d’hommes, pieds de femmes, pieds d’enfants. Tous ces pieds nickelés se dirigent vers un but unique, qui est la porte du marchand de chaussures voisin.
Il y a aussi les tombes, dans les cimetières.
À Denver, j’ai lu ceci : « Ici reposera un jour William Bolton, qui, pour, le moment, tient un excellent magasin de chaussures, 15th Street, W. 1003. »

Le son. — Les cinq sens étant cinq avenues qui, partant du monde extérieur, aboutissent dans l’homme même au siège de la connaissance, il était naturel et logique que la réclame cherchât à se faufiler par chacun de ces chemins, qui passent, par exemple, à travers les yeux et les oreilles.
Aussi les oreilles sont-elles sollicitées violemment et fréquemment par la réclame, et il y a bien longtemps qu’on y a pensé. La réclame criée fut même une de ses premières formes, et l’on a fait de fort curieux recueils avec les anciens cris de Paris. Il y en a encore quelques-uns. On les entend le matin, dans les faubourgs où passent les marchands des quatre saisons. L’industrie moderne a renouvelé ce procédé en costumant les crieurs, devenus des hommes du monde, avec le gibus, la canne, le pardessus mastic et les gants ; ils vont deux à deux par les boulevards, et crient en cadence l’annonce d’un spectacle du soir.

La lumière. — La réclame lumineuse attire l’oeil par son scintillement dans la nuit ; c’est le miroir aux alouettes. Le moyen est d’autant plus efficace que la lumière est plus éclatante. On emploie beaucoup les lettres de feu, avivées par des fonds réfléchissants ou par des cabochons rutilants. Les petites ampoules électriques donnent aux enseignes une vivacité d’autant plus productive qu’elle est plus aveuglante. On peut en employer un nombre plus ou moins grand. À Paris, on vise trop à l’économie ; on se contente d’un seul mot éclairant. Ce procédé est mieux compris à New-York, où nos poteaux lumineux de coins de rue paraitraient piètres et mesquins. Dans Broadway, il y a une maison haute de douze ou quatorze étages, dont toute une face latérale et sans fenêtres donne sur l’angle de l’avenue. Ce gigantesque panneau est entièrement couvert de petites ampoules électriques qui dessinent les lettres de cette grande page. Quand vient la nuit, tout le pignon s’allume, flamboie, embrase l’air ; soudain il s’éteint, et le quartier parait subitement plongé dans l’obscurité. Au bout d’un instant, tout se rallume.
Dans toutes les grandes rues américaines, les vastes magasins, même après l’heure de la fermeture, demeurent illuminés. C’est une dépense. Il n’y a pas de devantures opaques ni de fermetures métalliques. Toute la nuit le passant voit à toute heure les objets en montre dans la boutique.
La rue en est toute égayée. C’est une publicité permanente. Vous direz : « Mais dans la nuit déserte, de quoi sert-elle ? » Elle présente un autre avantage, qui est la sécurité. Passants et policemen verraient tout de suite un malfaiteur qui se serait introduit et qui rôderait dans le magasin absolument désert. Les commerçant organisent et paient, d’ailleurs, une police d’inspecteurs nocturnes, dont la surveillance est ainsi secondée.
Les Américains n’affichent pas seulement des lettres de lumière, ils font aussi des lettres d’ombre, des lettres de zinc découpé, qu’un phare projette et agrandit sur une surface de muraille très éclairée, comme il y en a sous le tunnel des tramways, à Chicago. Le vent ou le courant d’air font balancer les lettres-écran, et les ombres en dansant forcent l’attention.

Le mouvement. — Car l’immobilité est moins rémunératrice, en matière de publicité, que le mouvement. L’homme s’intéresse à ce qui remue ; oisif, il suivra avec attention les gestes d’un ouvrier qui travaille ou d’un domestique qui frotte les carreaux. L’activité étant la grande loi de la nature humaine, il en aime toutes les manifestations. Le mouvement l’amuse. Il regardera la mer durant des heures, parce qu’elle s’agite.
Il est bon que la réclame ne soit pas stationnaire, qu’elle voyage, qu’elle croise les gens, qu’elle aille au-devant d’eux, qu’elle circule ; elle augmente ainsi le nombre des regards qui la frôleront. De là l’invention des hommes-sandwichs, des voitures roulantes. La publicité ambulante est créée à présent. Ils ont imaginé la réclame qui allie la stabilité à la mobilité. Un homme qui porte un travestissement éclatant, avec le nom du produit écrit en travers de sa poitrine et de son dos, déambule par les trottoirs ; mais ses semelles sont en caoutchouc, automatiquement encrées. Elles impriment le nom sur le macadam. Ainsi, même quand la réclame a passé, elle laisse sa trace.
Ajoutons d’ailleurs que ce moyen, qui nous frappe par son modernisme, est vieux comme Socrate et est renouvelé des Grecs. Déjà à Athènes, au temps de Périclès, les courtisanes le connaissaient et l’employaient. Leurs sandales avaient des semelles de terre cuite et dure, ornées de lettres en relief qui laissaient leur empreinte derrière elles sur le sable fin.

Le beau. — On songe à exploiter en faveur de la réclame l’attrait du beau, ce qui parait constituer ou une antinomie ou un sacrilège, car le premier caractère du beau est d’être inutile. Le mont Blanc est beau ; il ne sert à rien. Peut-être un jour les surfaces de ses flancs seront-elles couvertes par la publicité, qui ne respecte rien.
On a donc plié l’art vers l’utile, et de bons artistes n’ont pas dédaigné d’enluminer les affiches. Cependant la publicité artistique ne me parait pas devoir inspirer une longue confiance. Son caractère d’art ne frappe qu’une minorité éclairée. La grosse foule n’y prend pas garde et s’en désintéresse d’autant plus que l’oeuvre a plus de délicat talent. Les affiches murales et morales, qui faisaient de la réclame à l’esthétique, n’ont pas porté beaucoup de résultats.
La poésie aussi a quelquefois servi la publicité, et cela de bonne heure. Je ne crois pas que personne ne se soit jamais avisé qu’il y a déjà de la réclame en vers dans Homère — de la réclame payée, pour une maison de poterie : « Si vous me payez ma publicité, je chanterai vos produits, ô potiers ! » (Epig. XFV.)
La poésie a souvent prêté sa diffusion à un homme, à une idée. Les Géorgiques de Virgile sont une réclame officielle et commandée pour l’agriculture. Les Sylves de Stace sont des échos mondains payés. Pailleron, dans le Monde où l’on s’ennuie, a rimé un désopilant prospectus pour un dentiste :
Ah ! n’arrachez jamais la molaire qui tombe !
Mais la réclame en vers se perd. On est trop pressé ; on n’a plus le temps de lire.

La cupidité. — Il y aurait un moyen de faire utilement et fructueusement de la réclame artistique ; ce serait d’intéresser la cupidité naturelle à l’humaine complexion. Le passant qui rencontre une belle affiche peut ne pas la regarder, ne pas la goûter, parce qu’elle ne lui est de rien, et il ne lui en reste rien. Il faut le retenir par l’intérêt. Il faut qu’il garde ce joli sujet : faites-lui un cadeau et voilà un ami trouvé.
L’art peut servir la réclame, non pas l’art sur les murs, mais l’art à domicile.
La réclame utilise avec raison le pouvoir énorme des petits cadeaux. Fût-ce une babiole, les gens aiment recevoir quelque chose pour rien. Vous voyez des millionnaires enchantés d’avoir une loge de faveur dans un théâtre. Vous voyez des jeunes filles très distinguées se disputer de menus affiquets dans les cotillons.
Les bars des États-Unis font mieux. Ils donnent gratuitement le repas, viandes froides, pain, salades, fromages ; on ne paie que la boisson. C’est le free lunch.
À l’Exposition de la réclame à Amsterdam, on offrait un déjeuner complet aux spectateurs des combats de coqs, et une brasserie donnait à ses consommateurs un morceau de musique sous une couverture artistique teintée en rose.
Il y a à Bruxelles un journal dont le fonctionnement est curieux et intelligent. Il est gratuit.
Cependant il a une rédaction bien faite, intéressante, bien informée, qui n’est en rien inférieure à celle des autres feuilles locales. Il est très largement distribué ; on le lit beaucoup, et ce n’est pas étonnant, pour le prix. Mais cette diffusion est un excellent élément pour la réclame. Plus on donne de numéros gratuits, plus la publicité que portent ces numéros est bonne et coûte cher.

La gaieté. — Le rire est une force. Un client qui a ri est bien prêt de désarmer son porte-monnaie. Aussi la réclame burlesque a-t-elle une portée efficace. Elle se grave dans la mémoire ; on répète et on redit le bon mot. J’ai vu à Kansas-City une affiche pour un savon dont le parfum « laisse une bonne impression ». On voit une négresse habillée de blanc, qui s’est assise sur un banc vert fraichement peint. Elle emporte « une bonne impression derrière elle ». On rit, et vous voyez qu’on retient le trait.
À Paris, le brocanteur de l’Odéon, le père Monaco, excelle à coller sur chaque objet de sa montre des étiquettes drolatiques, vers, prose et turlupinades.
Le magasin autrefois fameux, aujourd’hui en liquidation : À la Redingote grise, s’est fait une spécialité de drôleries dans ses panneaux en plâtre moulé qui content les aventures de la Mère Gigogne ou la fortune croissante du chanteur des ruses devant, grâce à sa redingote achetée au Châtelet, ténor de l’Opéra-Comique et gendre du directeur.
C’est la revanche de l’affichage funèbre, comme est celui des Flandres, où des placards endeuillés annoncent aux citoyens de Gand ou de Bruges la mort de leurs compatriotes.

La duperie. — Une des ressources usuelles de la réclame est la duperie. Il faut s’entendre. Si elle est mensongère, qu’elle promet plus qu’elle ne donne, elle a tort, car elle décourage le client et perd sa confiance. Elle doit exercer sa malice à le surprendre, à se faire écouter de lui malgré lui et à l’improviste. Là, elle peut exercer son talent. L’affranchissement à quinze centimes pour les prospectus, les enveloppes portant le timbre de la mairie, et surtout, dans le journal, les historiettes affriolantes qui concluent par l’éloge d’un cacao ou d’un purgatif, sont les ressources ordinaires et légitimes de cette industrieuse industrie.

L’incrédulité. — La réclame a, par représailles, un ennemi à combattre et à abattre. C’est le scepticisme des foules. On a méfiance. La réclame est si souvent menteuse qu’on se défie. On la croit toujours hâbleuse. On ne prête qu’aux riches. C’est pour pallier ce danger que les commerçants tâchent de mettre, comme on dit, pièces en main par la distribution des échantillons. Le moyen est coûteux et mal sûr, car rien n’empêche de croire que la fabrication des échantillons a été à dessein mieux soignée que ne sera celle du produit, par la suite.
Il y a un cas où il peut servir. J’ai vu à New-York un coiffeur qui a inventé une eau capillaire. Nos maladroits figaros font photographier des dessins pour faire croire à la vertu de leur eau et à la longueur des cheveux. Ce n’est pas cela. Le coiffeur de Broadway avait dans sa boutique six femmes costumées en impératrices d’Orient, la chevelure dénouée, et leurs cheveux balayaient le sol, grâce à l’emploi du spécifique. On pouvait leur parler, palper, tirer, peigner leurs cheveux. Thomas lui-même aurait cru.

Ce sont là les principaux traits, les têtes de chapitre d’un traité rhétorique de la réclame, destiné à en analyser les ressources, les moyens, les avantages et les espoirs. Ceux-ci sont vastes, et le jour où cette force sera endiguée, canalisée, réduite en conduites sûres et étudiées, ses adeptes s’apercevront aux encaissement qu’ils ont bien faire de l’encaisser. Et à qui opposerait à la réclame le mépris dont on l’a jusqu’à présent trop punie, il faudrait répondre ce mot de Lamartine à un ami qui lui reprochait son goût pour la publicité :
— Que voulez-vous ? Le bon Dieu lui-même a besoin de se faire annoncer : il a ses cloches.

LÉO CLARETIE
Le magasin pittoresque, 1899.

Pas de commentaire.

Projet workshop livre numérique

Cette nouvelle année débute et je suis déjà dans le tourbillon des heures qui ne se comptent plus, des mises à jour perpétuelles des livres du catalogue de Publie.net — mécaniques, à force, mais il faut bien le faire car l’enjeu est de proposer des livres de qualité aux lecteurs, et ce qui fut publié en 2008 nécessite un petit coup de Polish en terme de code ; c’est l’occasion aussi de se rappeler au bon souvenir des lecteurs et de remettre au goût du jour des livres publiés il y a longtemps… trois, quatre ans… une éternité pour un livre — et des couvertures enchainées à la vitesse supersonique, pour Publie.net, Neil Jomunsi et d’autres [je renonce d’ailleurs à remettre en ligne sur ce blog toutes les couvertures faites]. Cet incessant bouillonnement est également alimenté par les projets du studio en lui-même, de l’EPUB3, de l’identité graphique, de la conversion simple, et tellement de propositions intéressantes refusées par manque de temps /// bien obligés avec Panoz, d’admettre que nous ne sommes que deux, et que ce qui se fait bien ne se fait pas en deux minutes, bien décidés aussi à faire ce qui nous plaît sans pour autant ne pas devoir dormir de la semaine *pour quelques euros de plus*, bien conscients que nous ne sommes pas des robots et agissant, à mon sens, avec la lucidité et la prudence de ne pas accepter plus qu’il n’est possible de faire dans des délais impartis. Mais avec le regret tout de même de ne pouvoir donner suite parfois à des projets qui nous emballent.

Le bol d’air frais provient ces derniers temps des formations que nous donnons, qui sont le moyen le plus sûr d’être au contact de personnes intéressées par le livre numérique, hors des réseaux habituels Twitter ou Linkedin, où tout ce monde tourne autour de lui-même, et qui, pleines d’interrogations et de doutes mais aussi de compétences variées, nous apprennent autant que nous espérons leur apprendre en retour. Professionnels du livre et lecteurs, avons vu émerger ces dernières années de nombreux débats. Nos intérêts communs avec Panoz se sont portés vers le code, la technique, l’éditorial, le design, car c’est ce qui est au coeur de notre métier ; j’avoue que j’ai personnellement évité le plus possible de m’immiscer dans les débats plus « intellectuels » où l’on décide, déclame, acclame et réclame une multitude de concepts et d’idées sur l’édition numérique, de faits plus ou moins justes et d’avis catégoriques, qui pour moi illustrent toujours un peu le principe qu’il y a ceux qui parlent et ceux qui font (j’en connais aussi qui parlent et font beaucoup, of course), un peu fatiguée du trolling ou du bashing quels que soient les camps, quels que soient les avis — parfois envie d’agiter un drapeau blanc. Bien sûr qu’il faut se battre, contre les DRM, pour un meilleur support EPUB, contre ceci et pour cela, bien sûr, mais ma révolte s’use ou plutôt je sens poindre en moi l’idée de laisser le temps au temps. Je crois savoir qu’un changement dans l’ordre établi des choses ne se fait jamais sans remous. Bercée par les vagues, en attendant que la tempête se calme, et plutôt que de nager face au courant, je préfère m’intéresser à cette île là-bas.

Il y a deux ans, lorsqu’on me disait « Le numérique c’est nul, le numérique ceci, mort au numérique », je m’enflammais, je m’écriais, dans tous les sens, et défendais avec passion et conviction que la littérature n’est pas une question de support, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, y tutti. À présent, je ne réponds plus rien ou si peu, et lassée autant que triste de constater que des personnes sensées et intelligentes énoncent avec certitude le fait que le livre numérique est un sous-livre, et que ses auteurs sont de simples ersatz de *vrais* auteurs, j’ai envie d’orienter mon énergie *personnelle*[1] ailleurs, les formations m’amenant à penser qu’il y a une autre voie que nous avons peu explorée en terme de livre numérique : celle du workshop. De plus en plus, les participants à nos formations, ayant tâté pendant quelques mois du code et avancé dans leurs projets respectifs, reviennent vers nous avec des questions d’ordre technique et éditorial. De plus en plus, nous entrevoyons la nécessité d’y répondre collectivement car leurs questions sont similaires et les bugs universels. Notre première idée serait donc de créer sur plusieurs jours (au moins deux) un atelier répondant dans mon esprit au doux nom barbare de « suivi de production EPUB », regroupant un nombre restreint de participants — quatre ou cinq par exemple —, ayant commencé à coder leurs propres projets, rencontrant des problèmes et voulant les régler. Le fait est que ce qui peut profiter à l’individu peut profiter au collectif, mais que si nous décidions de vraiment créer ce workshop, il faudrait d’office en délimiter le cadre, ne serait-ce que parce qu’il serait compliqué de travailler sur EPUB2 et EPUB3 en même temps. La sélection de participants se ferait donc déjà en amont via la version EPUB sur laquelle ils travaillent. Pour des projets simples, une seule journée pourrait n’être que nécessaire. Précisons déjà qu’EPUB2 ne veut pas dire « simple » : la volonté d’être interopérable amène parfois à devoir faire passer des mises en page complexes sur des appareils de lecture limités techniquement, ou dont le support EPUB est obsolète (et je ne parle même pas de rétrocompatibilité EPUB3/EPUB2). N’étant pas des super-héros, le postulat de départ ne serait donc pas : « Nous réglons tous vos problèmes, AMEN » mais « Nous allons réfléchir ensemble à trouver une solution ». Ceux qui ont déjà débuggé du code savent qu’il est impossible d’assurer de trouver une solution en un temps limité : tout comme le meilleur physicien peut peiner à trouver une réponse qui est sous son nez, dans son flot de formules mathématiques, le meilleur codeur peut passer des jours à trouver un bug qui ne nécessitait finalement que la modification d’un point-virgule et de trois caractères. En ce qui concerne EPUB3, la multiplicité des possibilités engendrée par le support multimedia, interactif, ne doit pas l’emporter sur la richesse sémantique que ce format permet. Ce serait l’occasion de faire comprendre alors qu’EPUB3 n’est pas qu’un format qui permet de faire rebondir des lettres ou colorier des images — objet esthétique qui a certes son intérêt mais qui ne doit pas être qu’une finalité — mais qui est aussi un moyen de développer l’accessibilité du livre (que l’on peut comparer au web sémantique). Ironique cependant de constater qu’un format qui développe l’accessibilité dans sa structure HTML même, ne l’est pas en terme de support par les différents revendeurs : en effet, à l’heure actuelle, difficile de lire EPUB3 sur autre chose qu’iBooks, Readium ou Google Play Books, chacun ayant par ailleurs sa propre idée de ce qu’est un support EPUB3.

Et au-delà de tout cela, j’aspire personnellement à plus de collaboratif dans l’édition numérique. J’aspire en fait à sortir de l’édition numérique pure pour créer des projets hybrides, vraiment hybrides, pas simplement textes-sons-vidéos-images et dire qu’on a un livre numérique enrichi.[2] J’aspire à créer un projet qui serait vraiment lu/vu/ressenti hors de la pure sphère numérique. Et je peux supposer que tous nos jolis objets numériques, si passionnants à créer, sont peut-être beaucoup moins passionnants à lire finalement (je sais que je ne vais pas me faire beaucoup d’amis en disant cela, mais disons que c’est… un ressenti, l’impression qu’on passe beaucoup de temps à créer quelque chose qui n’est finalement exploré que dans une infime parcelle par les utilisateurs, quand utilisateurs il y a).
Mais plus que ça : sortir de derrière l’ordinateur, et regrouper des personnes venues d’horizons différents, aux compétences multiples, à l’approche artistique imaginative, inventive, volontairement situées hors des sentiers battus, hors du seul pur esthétisme, hors de la seule pure littérature et hors du seul pur web, pour les associer, et créer un projet « ouvert sur le monde », au grand public, et pas forcément le français ou l’européen : le monde est vaste. Et sortir de l’édition, numérique ou pas, car on tourne en rond, on tourne en rond, on s’enferme dans notre monde, dans nos idées, dans nos centres d’intérêts, et dans notre domaine de compétences, alors qu’on a tellement de points communs avec tellement d’autres gens venus d’autres horizons.
Je vois ça prendre place dans un lieu propice à l’invention, pas une salle vide et froide, mais un lieu vraiment différent : un château, un chalet, un lieu unique, un atelier, un bateau… Pour moi, c’est vraiment le lieu qui définit le reste. Il faut quelque chose qui nous dise : « ceci est une expérience humaine » avant tout. Pendant une période donnée, une semaine ou deux par exemple, pour se laisser le temps de dire que ça pourrait être aussi des vacances, qu’on n’est pas obligés de plancher non-stop, pour que ça reste du plaisir, un endroit où il fasse beau et où les choses sont simples, pour se reposer l’esprit, une bulle un peu hors du monde où l’on créerait un projet vraiment utile et unique, qui pourrait sortir du numérique, s’allier au physique, mélanger les genres, convoquer des éléments qui n’ont pas l’habitude de faire partie d’expériences artistiques. Why not évidemment avoir des relais hors bulle avec des participants via internet. Un loft multi-dimensionnel, avec intervention de qui veut par Skype ou autre, un projet où toutes les idées sont bienvenues.
Alors, évidemment, je n’ai pas cinq ans, je ne suis pas idéaliste non plus, je pense que cette idée n’a rien de révolutionnaire en soi et que bien d’autres l’ont sans doute déjà appliquée dans divers domaines, et qu’il faut que financièrement — et oui, l’argent, le nerf de la guerre, mais les beaux discours désargentés ne font pas beaucoup avancer les choses, true story — ça puisse tenir la route. Tenir la route, ça veut dire : ne pas gaspiller de l’argent pour créer quelque chose qui n’intéresse que ceux qui l’ont fait. Imaginons (soyons fous) que l’on arrive (et le « on » est hypothétique, incertain et non-défini, personne ne se cache derrière ce « on » à part cette clique imaginaire) à obtenir un financement quelconque : j’aurais du remords et de la culpabilité à faire tout ça pour créer quelque chose de futile. Il faut que soit utile. Et pourquoi ne pas considérer comme pertinente l’approche du financement participatif, la clé de tout, de manière sérieuse et de façon à allier tous les outils collaboratifs possibles.
Je vous le dis comme je le pense ce soir, sentant simplement ce besoin irrépressible de sortir de l’édition stricte (et encore heureux que je ne travaille pas dans l’édition traditionnelle, Publie.net étant tout de même un grand espace de liberté) et sans doute de faire quelque chose de plus, joignant l’utile à l’agréable, en créant un espace-temps déterminé et éphémère (c’est évident, dirait Sheldon). Non pas que je pense que l’édition, les livres ou la culture soient futiles, mais plus exactement parce que je sens que les beaux projets, les belles expériences, celles dont on peut se dire « je suis content de ce que j’ai fait » en se couchant le soir, sont avant tout ou en tout cas aussi, humaines.
Et je digresse. Revenons au livre numérique.
Imaginons d’autres formes de formations. Pourquoi pas un workshop polyvalent, avec d’autres formateurs, pour explorer toutes les facettes du livre numérique ? Un spécialiste SVG, un spécialiste Latex, un spécialiste de tel traitement de texte/plug-in/logiciel, un spécialiste de tel langage. En pratique, pour ce type de workshop, j’aimerais beaucoup pouvoir louer un bureau dans l’espace existant d’un studio graphique, d’une agence ayant des compétences numériques etc. ; à Paris ou ailleurs, dans une Cantine toulousaine ou une péniche sur le Rhône, peu importe. Il ne nous faudrait pas grand-chose : Internet, un vidéo-proj, un tableau, des ordinateurs, du papier, des crayons, des livres et en avant la musique.

Mais bien sûr, pour le workshop « bulle » amélioré, il faudrait trouver un endroit fou, pour délimiter les contours d’un projet fou, avec des gens fous…

En tout cas, on a la volonté et l’envie avec Panoz d’aller vers quelque chose d’un peu neuf en ce qui nous concerne, de bien sûr continuer à faire notre travail mais de jeter plus loin les limites de celui-ci et avec d’autres personnes. Panoz s’intéresse également pas mal au papier, et à la mise en place de workflows papier/num/web (on en parlait justement avec Frank Adebiaye) donc je pense que cette année va être riche de nouvelles expériences. Ne pas s’endormir sur ses lauriers et même si le temps nous manque pour mener à bien tout ce que nous souhaiterions faire, au moins poser les bases et laisser voguer la galère.


  1. Je participe bien sûr à la nouvelle version de Publie.net, que je n’ai jamais abandonné depuis que je m’y suis investie. Avec Gwen Catalá et bien d’autres personnes, notamment Philippe Aigrain, Louise Imagine, Guillaume Vissac, Emmanuel Delabranche, que je ne remercierai jamais assez de permettre à Publie.net de continuer d’exister —, nous travaillons ensemble à son avenir, et nous vous annoncerons d’ailleurs son ouverture officielle le 15 mars.  Le modèle de Publie.net, tel que créé en 2008, n’est plus viable (économiquement mais surtout l’envie de François de passer le flambeau et d’aller explorer le web). La notion de coopérative, et donc de coopération, est forte et toujours présente : combien de personnes bénévoles et volontaires nous ont aidés à publier ces livres ? Relire, corriger, s’investir, supporter, soutenir, s’abonner, quelle aventure fantastique ! Mais de plus en plus, nous sentons le besoin de remettre tout à plat, les compteurs à zéro, et forts de cette expérience unique de cinq années, de repartir sur de bonnes bases, de ré-organiser ce qui doit l’être, avec rigueur et optimisme, car le catalogue constitué au fil du temps par François est tellement important — en qualité comme en quantité — qu’il nous faut être professionnels et confiants, d’autant plus qu’avec l’arrivée du POD, nous avons dû faire face à une masse colossale de travail, et de remises en question en tous genres. Ma motivation reste intacte, mon angle de vision personnel change un peu. D’être au contact de tous ces auteurs, inventeurs, géniaux artistes, me donne envie de m’investir plus personnellement dans des projets hors Publie.net mais à l’ADN identique de création numérique.
  2. Et surtout ce qui existe est déjà tellement bien : dans les objets littéraires que j’aime beaucoup et que je trouve intéressants, je vous conseille de découvrir le travail d’Anne Savelli, que je trouve inventif, pertinent, intelligent. Je vous conseille également de regarder du côté de Neil Jomunsi, qui avec son roman-mail, son Projet Bradbury et ses divers projets/idées, fait partie des personnes motivées et inspirantes. Également Jeff Balek, qui a créé un univers transmedia absolument colossal et je pense, unique en son genre. Et d’autres, pleins d’autres projets, web et/ou littéraires, qui mériteraient d’être cités, toujours à la croisée multimedia, toujours pleins d’inventivité. Ou encore la revue d’ici là, magnifique exemple de ce qu’il est possible de faire en alliant collaboration et numérique. Ces projets-là, je les suis et je les aime ; par goût personnel, graphique, l’inventivité de Boulet [ ou notamment] me laisse également admirative, mais ne voulant pas imiter pour imiter, je voudrais imaginer autre chose.
Pas de commentaire.

L’Oeil à la coque — #5

[ma mémoire du web]

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SOMMAIRE

Films — 1. Office National du film du Canada
Feuilleton radiophonique — 2. Le secret de Vautrin
Documentaire — 3. Des documentaires à la pelle !
Musique — 4. Bob Giraud : le copain de Doisneau


1. Office National du film du Canada

Comment l’expliquer ? J’ai regardé deux heures de film en continu. Je ne suis pas allée bien loin, directement happée par la homepage qui proposait une sélection de films des années 70. C’est frais et ça fait du bien, ne serait-ce que pour cet accent qui met du sucre dans l’coeur, c’est beau. Et moi j’aime toujours bien quand ce sont des gosses qui sont les personnages principaux. Je découvre du coup le réalisateur André Melançon et je vais essayer de regarder tous ses autres films. Lire la présentation de la série Toulmonde parle français, dans son contexte (celui des années 70, une série conçue pour aider les Canadiens à l’étude du français avec des films de fictions). Bienvenue dans la gang.

Les tacots par André Melançon, Office national du film du Canada

« Les Oreilles » mène l’enquête par André Melançon, Office national du film du Canada

Paow, Paow, t’é mort! par Robert Poirier, Office national du film du Canada

Les « troubbes » de Johnny par Jacques Godbout, Office national du film du Canada

O.K. … Laliberté par Marcel Carrière, Office national du film du Canada

Regarder des courts-métrages et bicher et aussi OK… Laliberté (1973, par Marcel Carrière, 112 min).


2. Le secret de Vautrin

Vidocq se confie à Balzac, et lui conte sa vie tumultueuse afin que le grand écrivain s’en inspire pour un livre… La comédie humaine, dans lequel on retrouvera le personnage de Vautrin… 20 épisodes de 10 minutes, pour plonger dans les eaux troubles du passé du célèbre chef de la police, ancien bagnard, ancien filou et voyou. Un feuilleton radiophonique adapté de l’oeuvre de Jean Savant sur la vie de Vidocq.

vidocq

07-24_vidocq_4J_476_42_0001_lightboxÉpisode 1
Épisode 2
Épisode 3
Épisode 4
Épisode 5
Épisode 6
Épisode 7
Épisode 8
Épisode 9
Épisode 10
Épisode 11
Épisode 12
Épisode 13
Épisode 14
Épisode 15
Épisode 16
Épisode 17
Épisode 18
Épisode 19
Épisode 20

À écouter d’une traite, passionnant. Et quelle voix !


3. Des documentaires à la pelle !

Notre nouvelle drogue — enfin, nouvelle… disons que l’on est de plus en plus addict — avec Panoz, ce sont les documentaires. Nous sommes tombés sur cette excellente liste qui en répertorie quelques-uns (300…) par thématiques. Pour les anglophones, c’est une mine d’or. On est dessus, on n’a pas tout vu, on teste, on fouille, et toujours, le documentaire, lorsqu’il est bien réalisé, est vraiment une autre fenêtre sur le monde.

Accéder à la liste des documentaires.


4. Bob Giraud : le copain de Doisneau

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ecrivins

Je manque à tous mes devoirs. Celui qui a contribué à ma plongée infinie dans l’argot et puis, de fil en aiguille vers la littérature populaire, c’est bien sûr Bob Giraud, et dans son ombre, Olivier Bailly, qui en est le plus émérite spécialiste. Bob Giraud, « poète et chroniqueur de la rue parisienne, était le frère nocturne de Robert Doisneau et le copain de comptoir de Jacques Prévert. » Étant une absolue fan de Prévert, ayant toujours rêvé de vivre au temps de la rue du Château, dans les entrailles de Paris, j’ai un jour atterri sur ce blog… Et n’en suis plus jamais repartie. Je vous conseille de lire « Monsieur Bob », biographie de Robert Giraud, mais également les livres dudit personnage, qui sont répertoriés ici par exemple. Il ne faut pas simplement aimer le vin et les rades, les bonnes réparties et les anecdotes, il ne faut pas tout à fait battre le pavé sous la pluie en espérant que ça nous tombe dessus, non : c’est toute une époque qui défile entre les lignes, c’est un festival de personnages et de lieux, et ça n’se prend pas au sérieux.

Aller sur le blog Le copain de Doisneau


Crédits : Image by Boston Public Library / Vector eye
Qu’est-ce qu’un oeil à la coque ? C’est ça.

 

Pas de commentaire.

L’Oeil à la coque — #4

[ma mémoire du web]

oeil-a-la-coque-04

SOMMAIRE

Librairie — 1. Les libraires se cachent pour mourir
Ressources en ligne — 2. Des ressources en ligne, oui !
Édition — 3. Le Carnoplaste
Musique — 4. Alex Nevsky


1. Les libraires se cachent pour mourir

Il est intelligent, il est drôle, il est pertinent, il a l’oeil vif et la plume acérée, et il vend des BD : c’est Le libraire qui se cache, et qui sévit sur un blog que devraient lire tous les apprentis-libraires, éditeurs, auteurs y tutti. Il nous offre — sous couvert d’anonymat — le quotidien d’un libraire, ses galères, ses réflexions, ses clients : on se marre, on s’indigne, on avance avec lui. C’est à lire, absolument.

libraire

Aller sur le site des Libraires qui se cachent pour mourir


2. Des ressources en ligne, oui !

La magie d’Internet c’est aussi (d’abord ?) ça : le partage de ressources. Voici quelques sites que je vous recommande d’explorer si vous êtes avides de documents numérisés, de domaine public ou de trouvailles exceptionnelles.
© Retronaut
The British Library sur Flickr
Gallica
Public Domain Review
The Metropolitan Museum of Art
The Pulp Magazine Project
Yorck Project on Wikimedia Commons
Flickr Commons
Europeana
Open Images
Digital Collections of New York Public Library
Online Collections of Boston Public Library
Retronaut
et bien sûr Internet Archive
Il y en a sans doute un bon millier d’autres, mais voici ceux qui font partie de ma liste d’incontournables.
Image tirée de la série London 1960s Streetstyle sur Retronaut.


3. Le Carnoplaste

Attention les yeux, attention le coeur. Si vous ne connaissez pas cet éditeur de fascicules et que vous vous intéressez à la littérature populaire sous toutes ses formes, plongez-vous dans le catalogue magnifique du Carnoplaste. Prévoyant pour les vingt prochains Noël de ma vie de m’offrir l’intégrale Harry Dickson (par Jean Ray) chez Neo, qui coûte assez cher et qui est indisponible (donc go chez les bouquinistes), je suis bien entendu arrivée chez le Carnoplaste qui continue la série sous la plume de Robert Darvel.

Qu’est-ce qu’un fascicule ?
C’est, édité sous une forme désuète, un récit complet écrit aujourd’hui, selon l’idée que le premier degré, c’est la subtilité. Alléché par une couverture attractive, le lecteur curieux tombera sous le charme d’histoires diverses : aventure, mystère, au-delà, chevalerie chinoise, catch mexicain, détective cul-de-jatte, horreur, série B, SF, exploitation, crimes solubles et insolubles, récit historique ou préhistorique, western subaquatique, etc.

Maintenant, expliquez-moi comment résister à ça. ON NE PEUT PAS. Surtout si vous allez sur la homepage, bon courage pour ne pas craquer les enfants.

carnoplaste-dickson

Le site du Carnoplaste


4. Alex Nevsky

[reprise d’un coup de coeur qui date de juillet] Ça faisait quelques jours que je voyais Les Fourchettes balancer via son wall Facebook le señor Alex Nevsky ; Himalaya par-ci [quelle belle pochette en plus, non ?] Himalaya par là, on s’en sortait plus, c’était du lavage de cerveau t’étais d’dans. Bon, mince.

Alors j’ai cliqué. J’ai atterri  > en même temps, telle une espionne 2.0 je me renseignais sur Grooveshark > je trouvais ceci > j’ai écouté UNE chanson > j’ai acheté direct l’album (le premier puis ensuite le second) sur iTunes. Je ne suis pas super douée pour parler de musique, mais je trouve ça fou, sensible et parfois carrément inattendu. Ça cogne dans la tête, c’est beau, c’est poétique, ça nous fait danser sous les stroboscopes. Ça coule de source. J’ai écouté en boucle pendant trois mois. J’ai fait une pause. On est en décembre désormais : je retombe dedans, connaissant les paroles, les mélodies, et ça fonctionne toujours autant sur moi. Sont talentueux ces Québécois.

Ce bouquet de morceaux que constitue l’album, effleure les désirs fragiles, les quêtes éphémères, les amours impossibles. Empreint aussi d’espoir, les sonorités sont envoûtantes. L’auteur-compositeur-interprète au charme flegmatique a une capacité à déstabiliser. (source)

himalayamonamour

Le site d’Alex Nevsky


Crédits : Image by Boston Public Library / Vector eye
Qu’est-ce qu’un oeil à la coque ? C’est ça.
Pas de commentaire.

L’Oeil à la coque — #3

[ma mémoire du web]

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SOMMAIRE

Radio/Fiction — 1. Le Théâtre de l’Étrange
Littérature/Web — 2. Les fantômes mes monstres
Édition — 3. Les Moutons Électriques
Roman-mail — 4. Nemopolis


1. Le Théâtre de l’étrange

Merci Internet, merci l’INA, merci les Savanturiers, enfin bref : me voici plongée, dans un rythme infernal il va de soi, dans les archives du Théâtre de l’Étrange. Moi qui suis absolument accro aux fictions radiophoniques, je suis comblée.

theatre-etrange

En voici la présentation faite par l’INA :

La crème de la science-fiction et de l’anticipation
Le théâtre de l’étrange est une collection radiophonique diffusée en soirée, sur Inter variétés et France Inter, entre octobre 1965 et juillet 1974.
Il s’agit d’adaptations de nouvelles fantastiques ou de romans d’anticipation et de science-fiction écrits par des auteurs célèbres comme Dino Buzzati, Lovecraft ou Ray Bradbury.
Quelquefois, certains volets étaient conçus par du personnel de la radio, comme L’ambassadeur de Xonoï de Frédéric Christian, journaliste à France Inter ou L’hôte de Bessarion de l’animateur Gérard Klein.
Une réalisation soignée
Le succès de la série reposait sur quatre piliers :
Une distribution prestigieuse. À chaque épisode, de grands comédiens prêtaient leur voix aux héros comme Jean Topart, Henri Crémieux, Michel Auclair, Jean Rochefort ou Danièle Lebrun.
Une mise en onde très soignée. Chaque volet était confié à un réalisateur talentueux et différent à chaque fois : Claude Mourthé, Gilbert Cazeneuve, Albert Riéra ou Emile Noël.
Une illustration musicale exceptionnelle. En effet, il n’était pas rare qu’un compositeur célèbre prête son talent à l’illustration musicale d’un épisode. C’est le cas dans La Musique d’Erich Zann composée par Claude BALLIF, prix de la composition musicale au concours des auteurs de langue française en 1955.
Des prouesses techniques : le traitement de sujets futuristes permettait au programme d’être un laboratoire d’innovations technologiques. Ainsi dans L’ambassadeur de Xonoï, pour la première fois au monde, on confiait un rôle à une voix totalement synthétique obtenue par ordinateur.

Une playlist réalisée par l’INA.
Tous les épisodes.


2. Mes fantômes mes monstres

Une série littérature/web comme je les aime, réalisée par Seb Ménard sur son site diafragm.net. Plusieurs chemins, plusieurs lectures. J’ai commencé par celui-ci, puisqu’il m’est tombé dessus, où l’on peut lire « dans l’ordre » ou « à travers la planche-contact ». C’est Sébastien qui m’a indiqué par la suite qu’il avait révisé cette série. En voici donc le sommaire et son introduction que je me permets de recopier ici. C’est le bon moment pour se perdre dans le dédale des mots et des magnifiques photos qui constituent cette série. C’est surtout pour voyager, et ça emmène loin.

Mes fantômes mes monstres est le titre d’une série commencée il y a plusieurs années et dont l’écriture a duré environ trois ans — ce qui ne témoigne en rien de sa brièveté — d’ailleurs nombreux textes présents dans cette rubrique du site ne sont pas inclus dans la version finale. Une version existe en ligne à cette adresse — combinant images et textes dans une mise en page particulière — ce travail restera à sa place — trace. Longtemps je n’ai pas su quoi faire de ce qui commençant chaque texte — finalement il apparaîtra dans chaque fragment — entre parenthèse — libre au lecteur (voix haute ou pas) de le lire de le prendre en compte. Ci-dessous le sommaire de cette série — reprenant chaque fragment un par un — la navigation est donc possible ainsi (on peut commencer là ou ailleurs) — ou bien à travers les images via clic — ou encore à travers les mots. À tout moment bien sûr — possibilité de cliquer sur les liens disséminés — ou encore sur un mot-clé à côté de l’article — et la lecture sera différente.

diafragm

Je parle de cette série, mais il y a bien plus. Ramallah les étoiles, construit d’après une proposition d’écriture de François Bon intitulée « W, avec étoilement » (et vous comprendrez pourquoi en lisant le texte), Palestine 2010 et les Carnets des plaines (que je suis en train de lire), La route (gros coup de coeur aussi) et bien d’autres. Je biche vraiment cette écriture, ce ton, et avoir l’impression d’être un peu re-sur la route itou, et surtout, cette typographie de « — » qui ne pouvait que me plaire, of course… /// Bien que ces projets soient puissamment ancrés dans le web, ça donne envie de faire des livres numériques tout ça, me disais-je, ou le moyen de trimballer en offline tous ces magnifiques projets (ça se lit en voyageant, ça, c’est sûr, un peu comme Le Dernier des Mahigan dont je reparlerai certainement dans un prochain Oeil à la coque). Recommandé puissance mille avec des étoiles partout.


3. Les Moutons Électriques

Voilà, bientôt Noël… Et même si je ne peux que vous encourager à offrir du publie.papier, je ne suis pas du genre à seulement prêcher pour ma paroisse. Et Les Moutons Électriques sont une maison d’édition hors pair, hors normes, dirigée par André-François Ruaud, et dont la ligne éditoriale me donne envie de (presque) tout acheter et lire. Malheureusement, leur catalogue n’est pas full numérique du tout, et du coup, je suis obligée de bien plus me restreindre. Beaucoup, même. Cela étant dit, ce sont de beaux objets alors ça vaut le coup d’économiser et d’attendre, believe me. Il y a du niveau !

moutons-electriques

Et j’attends avec impatience Les Détectives Rétro

225

Découvrez leur catalogue.


4. Nemopolis

Dans le cerveau de Neil Jomunsi ça fourmille d’idées et c’est tant mieux pour nous. Outre le Projet Bradbury — écrire 52 nouvelles en 52 semaines (et accessoirement, créer 52 covers en 52 semaines 😉 — il a eu la bonne idée de hacker la newsletter et de l’utiliser pour publier les chapitres d’un roman écrit à cette fin spécifique : Nemopolis.
Nemopolis est un roman d’un genre un peu particulier : il est écrit en temps réel, au rythme d’un chapitre par semaine et ce pour une durée indéterminée. Cette narration en épisodes est un feuilleton fantastique et onirique, dont l’univers s’inspire modestement des mondes étranges de Neil Gaiman, des histoires tordues de Ray Bradbury et de la loufoquerie de Jasper Fforde.
Le pitch est le suivant : Sara se réveille enfermée dans un appartement sans aucun autre souvenir que son prénom.  Même si elle est persuadée d’avoir déjà vécu ici, elle ne reconnait plus rien : de l’agencement des meubles à la couleur des murs, c’est comme si un troupeau de déménageurs était passé chez elle en son absence et avait tout emporté, y compris sa mémoire. Un ordinateur posé sur la table lui permet néanmoins d’apprendre qu’elle n’est pas folle, mais… morte depuis un mois. Elle découvre également que l’outre-monde n’est pas ce paradis vaporeux promis par les religions, mais une sorte de réplique absurde de son propre monde . Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Car si la jeune femme veut se tirer de ce pétrin, elle va devoir se livrer à un jeu de piste cruel, en quête de la vérité à propos de son trépas.

 

nemopolis

 


Crédits : Image by Boston Public Library / Vector eye
Qu’est-ce qu’un oeil à la coque ? C’est ça.

Pas de commentaire.

L’Oeil à la coque — #2

[ma mémoire du web]

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SOMMAIRE

Peinture — 1. Federico Infante
Book-app — 2. Device 6
Culture — 3. Fordlândia
Littérature/Web — 4. Dita Kepler


1. Federico Infante

Quand je l’ai découvert, j’ai immédiatement pensé à Claire Tabouret — dont les peintures sont notamment visibles dans le livre L’espoir des spectres que nous avons eu le plaisir de publier chez Publie.net — et je me suis dit WAW (oui, j’ai un grand vocabulaire). Mais en fait, plus que de longs discours, surtout en ce qui concerne la peinture, autant regarder non ?

Son site
Sur Facebook

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2. Device 6

Difficile de présenter Device 6. Voilà un véritable OVNI book-app fou. CRAZY. GÉNIAL. À la croisée de la littérature et du jeu, vous devrez résoudre des énigmes pour continuer à tourner votre tablette dans tous les sens. Méga + pour le graphisme. Un peu de - pour justement le fait de devoir tourner la tablette dans tous les sens mais c’est ça qui fait le charme de l’affaire. Développée par Simogo (qui n’en est pas à son coup d’essai et est réputé pour le crazy stuff), vous en trouverez la présentation ici. De rien pour mon magnifique GIF.

À télécharger sur l’Appstore

device6

3. Fordlândia

Il y a quelques temps avec Panoz, nous sommes tombés sur une série de documentaires d’ARTE « Les Ruines modernes » — c’est d’ailleurs un sacré casse-tête pour regarder ARTE depuis l’étranger soit dit en passant — sur les lieux abandonnés. Or, ce qui me fait frémir le coeur de manière immodérée, c’est quand même les vestiges  de toutes sortes. On me dit « ville abandonnée » et je suis au Paradis. J’aime bien rétro-pédaler vers le passé et me dire : « Qu’est-ce qui s’est passé ? Comment en est-on arrivés là ? » — pour ça d’ailleurs que je suis méga +++ adepte des films du genre, des livres du genre et des théories folles et nombreuses qui fleurissent lorsque l’on parle de l’Atlandide & Co, et que dans une autre vie, j’aurais sans doute fait une thèse sur le réalisme fantastique, qui n’est pas forcément directement en lien avec les vestiges de ce monde, mais qui nourrit tous mes appétits d’imaginaire, de fantastique et d’étrange.

fordlandia

Tout ça pour dire : Fordlândia était une ville-utopie d’Henry Ford, construite dans les années 20 au milieu de la jungle brésilienne, pour exploiter le caoutchouc (et les habitants de la ville, bien sûr, savamment soumis grâce à l’apport du confort moderne mais menés à la baguette, chacun ayant un numéro d’identification et le droit de ne rien faire du tout sauf travailler). Gros échec, les indiens brésiliens se révoltent contre Ford et tout le domaine est abandonné. Tout ? Non. Un groupe de quelques centaines d’habitants résiste encore et toujours à l’emprise du temps et vit dans les baraquements de leurs ancêtres. Sur la route donc, les grandes villas (à la mode étasunienne en plein milieu de la jungle) des maîtres qui tombent en morceaux, et un type qui fait tout pour récupérer tout ce qui est récupérable. Ils ont donc un entrepôt — pas du tout protégé, et surtout pas du tout fait pour protéger de vieux objets — avec tous les objets des années 20, qui proviennent des usines et des maisons. Je vous passe les problèmes politiques, le gouvernement brésilien qui en a effectivement rien à carrer de Fordlândia, et ça donne un lambeau de passé bloqué en plein milieu du présent et qui dépérit à vue d’oeil. Je trouve ça foule fou.

Un article qui raconte ça un peu mieux que moi (en anglais)
L’album Flickr avec d’anciennes photos de Fordlândia
Le documentaire
Les pages Wikipedia en français et en anglais
Le livre (en anglais)


4. Dita Kepler

La semaine dernière j’étais invitée à la médiathèque de Rezé à côté de Nantes, pour parler édition numérique avec Anne Savelli. Et celle-ci nous a présenté un projet littérature-web comme je les aime : Dita Kepler, du nom de son avatar sur Second Life. Publié sur remue.net, ce texte en treize épisodes, a été codé par Joachim Séné. Ils ont donc travaillé ensemble à l’élaboration de ce projet, et ça donne quelque chose tout en inventivité et toujours dans la mesure : pas d’explosions de code inutile, tout est pensé et a un sens. Vous cliquez quelque part, il se passe quelque chose. Là, pour moi, c’est une des combinaisons qui fonctionne bien, entre littérature et code.

dita

Lire le premier épisode (et baladez-vous dans le menu à gauche, où tous les épisodes sont recensés).
Le site d’Anne Savelli
Le site de Joachim Séné
Sur Twitter : @ditakepler 


Crédits : Image by Boston Public Library / Vector eye
Qu’est-ce qu’un oeil à la coque ? C’est ça.

Pas de commentaire.

L’Oeil à la coque — #1

[ma mémoire du web]

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SOMMAIRE

Illustration — 1. Mattias Adolfsson
Édition — 2. Emue Books/Box
Littérature/Web — 3. Petitbain.net
Outil — 4. Texts.io
Animation — 5. Mickey Mouse New Generation
Techno — 6. Ordinateurs célèbres


1. Mattias Adolfsson

Bienvenue dans l’univers de Mattias Adolfsson, un illustrateur suédois très talentueux, que je viens tout juste de découvrir. Ça fourmille de détails, c’est un trait presque enfantin, qui anime des environnements parfois futuristes, très imaginatifs. De belles couleurs, de belles idées et sans doute de beaux livres. On sent les heures de travail quand on déplie virtuellement ses posters ! Sur son site, vous pouvez parfois zoomer pour saisir toute l’ampleur des détails. Une découverte faite grâce à @Cirocco Jones.

Son site
Sur Facebook

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2. Emue Books/Box

J’aime beaucoup cette maison d’édition, tant éditorialement, graphiquement et « spirituellement » — oui, leur esprit, vous avez compris, faites pas les marioles — et ils lancent pour Noël (I guess) des « Emue Box » qui regroupent trois livres papier /// comme j’ai quasiment tous leurs livres numériques, je pense que je vais me laisser tenter pour faire quelques navidad gifts, en plus du publie.net prévu, explosion papier/numérique en vue. Et vive l’édition indé les p’tits loups.

Les Éditions Emue
La boutique Emue Box

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3. Petitbain.net

Petitbain.net est un livre-web (et également un livre papier) écrit par Catherine Lenoble, qui mord à pleines dents dans l’espace et les possibilités du web. C’est à découvrir, à lire et à explorer sur petitbain.net, sans souci de linéarité, juste pour le plaisir d’explorer un objet qui sort de l’ordinaire. /// On travaille avec Catherine sur le projet [lire+écrire]numérique, ça a été un grand plaisir de la rencontrer, elle a plein d’idées, elle est pétillante et elle n’en est pas à son coup d’essai : fiction, écriture collaborative et implication dans bon nombre de projets

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4. Texts.io

Texts.io est un logiciel gratuit d’écriture markdown ultra-minimaliste et très efficace que nous testons depuis quelques jours et que nous aimons beaucoup. Il permet d’exporter en PDF, WORD, EPUB et HTML, et les exports sont très propres. Plusieurs « thèmes » sélectionnables, la possibilité d’en créer, bref, ça me redonne envie d’écrire tellement il est pratique. Je recommande mille fois.

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5. Mickey Mouse New Generation

Gros coup de coeur, gros gros coup de coeur pour cette série de nouveaux épisodes animés, superbement dessinés, de Mickey Mouse et découverts grâce à Hteumeuleu. Drôles, légers, pas niais du tout, bien pensés, et graphiquement awesome, je ne peux que les recommander. Tous les épisodes disponibles en France.

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6. Ordinateurs célèbres

Le site de Jean-Noël Lafargue est incontournable pour moi. D’une part parce que je trouve tous ses articles intéressants, d’autre part parce qu’ils sont bien écrits, clairs et pertinents et enfin parce qu’on peut tomber sur une page entière consacrée aux ordinateurs et intelligences artificielles célèbres, recensant bon nombre d’articles — écrits par @Jean_No — à leur sujet, et ça je trouve quand même que c’est une chouette idée. Cadeau, c’est par ici.

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Crédits : Image by Boston Public Library / Vector eye
Qu’est-ce qu’un oeil à la coque ? C’est ça.

Pas de commentaire.

Du [lire+écrire] numérique : réflexions post-day

Comment fabrique-t-on un livre numérique aujourd’hui ? Qui sont ces nouveaux artisans de l’édition qui façonnent un objet immatériel que l’on embarque sur de nouveaux supports, de nouveaux écrans ? Comment pense-t-on cet objet, en continuité ou en rupture avec la chaîne graphique et les circuits d’impression traditionnels de fabrication du livre ?

 

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Panoz en professeur

 

[lire+écrire]numérique < c’est le site

Du 25 au 27 septembre, nous étions Panoz et moi-même, de retour sur les bancs de l’université pour trois jours numériques intenses, invités par le CRL Pays de la Loire sous la coupe de Guénaël Boutouillet et de Catherine Lenoble, mais aussi d’Olivier Ertzscheid et Christine Marzelière. Deux jours de cours en compagnie des Licence Pro MEDIT (back to the roots en ce qui me concerne puisque j’ai moi-même fait cette licence pro à la Roche) et une journée de « conversation » — vs conférence — autour de notre métier (qui est… ? Je ne sais pas trop comment l’appeler) + un atelier pratique. C’était super chouette — super accueil, revoir ses profs, revenir dans cette salle info où j’ai passé tant d’heures à plancher sur des moodboards et autres projets, rencontrer de nouvelles personnes — mais pas facile finalement, car que dire, que dire, sur cet imbroglio qui nous entoure, nous passionne et nous bouffe ? Et surtout comment le dire, comment s’adresser à des étudiants, des bibliothécaires, des formateurs ? Quelle est la limite, aussi. Pas un exercice simple (en tout cas en ce qui me concerne) car je suis sans doute plus à l’aise derrière mon écran, alors qu’en live, les mots filent trop vite. L’impression d’avoir oublié de dire plein de trucs importants, d’avoir dit plein de choses inintéressantes, l’impression de n’avoir pas eu le temps de montrer tout ce qu’on avait à montrer. Difficulté majeure également d’expliquer les projets, les livres : pour ça que finalement je n’aurais pas fait une bonne libraire, c’est que je ne sais pas vendre un livre. Quand je parle de Poreuse, je m’embrouille, car pour moi ça passe d’abord par l’émotion avant même de mettre des mots dessus. Quand je parle du Jeu continue après ta mort, que je connais par coeur, je suis incapable de le résumer correctement. Et puis, moment auto-flagellation mais je n’avais jamais vu à quel point j’étais insupportable quand je parlais (et vas-y que je cligne des yeux, et vas-y que je parle et je parle et je parle). Je vais travailler là-dessus, pour ne pas avoir autant une tête à claques 🙂

Il y a cette question qui revient sans cesse et à laquelle je ne peux pas vraiment répondre (ni à mes amis, ni à mes parents) : quel est donc votre métier ? [À chaque fois, je me dis : mais qui ça intéresse en même temps…] Qui plus est, nous n’avons pas la même position avec Panoz, ce dernier étant l’interlocuteur et le prestataire d’une foultitude de personnes différentes, et moi étant beaucoup plus liée à une structure (publie.net as you know), même si pas seulement bien sûr. Mais bon, il ne faut pas se leurrer, depuis que François Bon m’a contactée sur Twitter il y a deux ans, je suis dans publie.net jusqu’au cou 🙂 Et c’est quelque chose pour laquelle je ne le remercierai jamais assez, d’ailleurs. Pas tous les jours facile, pas tous les jours reposant pour les nerfs et parfois on a juste envie de tout balancer, et de partir loin d’Internet et loin de l’édition, mais c’est quand même génial, addictif et enrichissant de travailler avec autant de personnes différentes, auteurs, relecteurs, partenaires et équipe bien sûr, François et Gwen en premier lieu.

Je ne suis pas éditrice au sens strict du terme (s’il y en a un) car j’essaye de me concentrer plus principalement sur la partie technique des choses, bien que je fasse un suivi éditorial avec les relecteurs-correcteurs-auteurs-collaborateurs (disons que je coordonne et je donne mon avis, même si on ne me le demande pas). Je suis codeuse, oui. Je ne suis pas CM (Community Manager), non. Je fais le minimum syndical (mais mon maximum possible en terme de temps) au niveau de la communication (réseaux sociaux, newsletter, et surtout le blog que je construis [im]patiemment) mais un CM fait bien plus que ça : la communication est un point délicat à aborder, il faut du temps et des ressources pour la mener à bien. Graphiste ? Disons que je n’ai pas fait d’école de graphisme et que je n’ai pas la prétention d’accéder au Panthéon des Graphistes Géniaux ; tout comme tout le monde est CM, tout le monde est graphiste. Je fais gaffe à ça : je dis que je suis graphiste car il faut bien au bout d’un moment mettre un mot sur ce que l’on fait. Mais je suis loin d’être ce que je voudrais être si j’étais graphiste à temps plein. Et puis, c’est le livre numérique qui me fait vibrer. La polyvalence et la multiplicité des tâches que toutes ces casquettes demandent me conviennent du coup parfaitement : je m’ennuie généralement assez vite, et là… je n’ai pas le temps pour ça. Et je suis libre. Je n’ai pas de boss, mon bureau c’est le monde [je m’enflamme] avec une connexion Internet et mon ordinateur, j’ai les horaires que je veux et je peux aller faire du ping-pong à 4h de l’après-midi si j’en ai envie. En contrepartie, je suis indépendante donc comme tous les indépendants je n’ai pas d’argent « assuré », je ne compte pas mes heures et ne sais jamais de quoi sera fait le mois prochain (ce qui est un mal et un bien à la fois).

Anyway.

Le livre numérique. Les grandes théories. Les grandes polémiques. Les grandes controverses. La grande révolution du livre numérique. Aura t-elle lieu, a t-elle déjà eu lieu, sommes-nous en plein dedans ? J’avoue que vu de mon petit bout de lorgnette personnel, ces questions creuses et auxquelles de toute façon personne ne peut répondre, me passent un peu au-dessus désormais. Je me laisse porter par le courant, je sais ramer, je sais nager, et on verra bien s’il y a une île au bout de tout ça, ou si c’était seulement un mirage. Bon, si je suis dans le livre numérique jusqu’au cou c’est que je ne pense pas que ce soit un mirage évidemment, mais je ne suis pas la grande prêcheuse du livre numérique qui dit « Lisez en numérique ABSOLUMENT ». Non, non, ben non. Faites ce que vous voulez, tant que vous lisez. Si vous n’avez pas envie de lire, ne lisez pas. Chacun ses nourritures de l’esprit. (Je sais qu’il faut défendre son bifteck, et loin de moi l’idée de cracher dans la soupe, mais j’ai renoncé à me battre en permanence contre les « pro-papiers » — OMG, Dieu qu’on est déjà has been de dire « pro-papiers » je crois, non ? — j’ai d’autres choses à faire, par exemple, fabriquer des livres, et je laisse les chiens se dévorer entre eux. Par ailleurs, j’encourage toujours à lire, glisse subrepticement l’idée, mais ça ne me déchire pas le coeur que mon voisin ne lise pas.) Je lis toujours des tonnes de papier. Je n’ai pas besoin de me trimballer H24 avec ma liseuse pour dire « J’édite des livres numériques alors je ne lis qu’en numérique ». Non. Faux. Je ne lis pas qu’en numérique. Tout ce que je lis hors-travail je le lis en papier, ne serait-ce que pour éviter de me dire que je suis encore au travail. Je viens de filer une liseuse à l’un de mes meilleurs potes : ça c’est une victoire car c’est bien le premier de mes amis qui tente le coup. On verra ce que ça donne. Je ne l’ai pas aidé, la liseuse bug un peu, mais il voulait lire du classique. Lis donc l’ami. Bref, attaquons le vif du sujet.

Comment fabrique-t-on un livre numérique aujourd’hui ?

Avec un ordinateur (ou même un iPad). Avec du code. Avec du texte. Avec des images. Avec du son. Avec de la vidéo. Avec, parfois, des systèmes de navigation intégrés.

Avec des auteurs, avec des relecteurs-correcteurs, avec des codeurs, avec ou sans éditeur, avec de la patience, avec de la passion. Certains avec des dents de requin, avec l’espoir de se faire de l’argent vite et facile, parfois avec l’espoir que cela va changer la face du monde littéraire, parfois dans un soupir désabusé et pas franchement convaincu mais « Puisque tout le monde y va, il faut bien que j’y aille aussi », parfois à reculons, avec une stratégie, sans stratégie, à l’aveugle, ou le sourire aux lèvres quand les ventes décollent, avec de l’ambition, parfois trop, parfois pas assez. Mais ça ne marche jamais comme sur des roulettes dès le début. Même si on a l’idée du siècle. Même si ce concept-là est infaillible, même s’il y a des statistiques qui le prouvent et des experts en tout et rien qui vous soutiennent et croient en vous. Mais même Dieu himself ne peut forcer les gens à adhérer à une idée. Il faut de la patience, du travail et de la chance. Arriver au bon moment au bon endroit avec les bonnes personnes sur le bon rythme sur le bon ton. Mais ça ce n’est pas neuf.

Avec l’idée — en tout cas, pour moi — qu’on ne fabrique qu’un objet hybride amené à évoluer en permanence, qui finira sans doute par se confondre dans le web, mais pas tout de suite, car ceux qui font vont toujours plus vite que ceux qui utilisent, et les habitudes de lecture sont comme imprimées en nous, et c’est tout un bouillonnement socio-culturel qui émerge de ce nouveau sport : lire en numérique. Avec la prise de conscience et le recul nécessaires : le livre que l’on a fabriqué il y a un an est déjà une antiquité. On parle de pérennité, oui. Oui, si vous l’avez bien fabriqué, votre livre sera pérenne, c’est-à-dire lisible. Mais par le mot « antiquité », je veux dire que la technique aura évoluée et avec elle, les possibilités, les chemins, la réflexion éditoriale, le code, bref : les composantes de votre livre auront gagné en force et pertinence, mais faudra-t-il encore savoir les agencer correctement, les utiliser à bon escient. Comme pour tous les nouveaux modèles, les précurseurs s’engouffrent dans une brèche : il y a les savants fous et les savants raisonnés, il y a ceux qui réfléchissent, ceux qui inventent, ceux qui arnaquent, ceux qui n’y voient que du feu. Pour moi, le monde de l’édition numérique c’est exactement ça : chaque jour un nouveau modèle économique naît, est salué, critiqué, mis en avant, descendu, meurt. Chaque jour, les problématiques récurrentes du piratage (qui n’est pas lié seulement au livre numérique, bien entendu), de la rémunération des auteurs, de l’avènement de ces nouveaux métiers dont on ne sait que faire (leur accorder du crédit, les ignorer, les dénigrer ?), nous forcent à nous repositionner.

On fabrique un livre numérique de multiples façons : où l’on est un simple prestataire technique et dans ce cas, on reçoit les composantes du livre (texte, images, éventuels sons et vidéos etc.) et les indications (doit-on suivre la mise en page du livre papier, est-ce un livre qui n’a jamais été édité, comment allons-nous procéder au niveau des fontes, doit-on inventer notre propre mise en page etc.), ou l’on se situe plus en amont et l’on réfléchit avec l’auteur, l’éditeur, l’illustrateur, sur l’objet numérique que l’on veut tous créer. Ou l’on est une grosse boite qui fabrique des fichiers numériques à la chaine. Ou l’on est un auteur auto-édité qui fait ses propres fichiers après avoir pioché ses ressources sur Internet, en posant des questions sur les forums et en mettant les mains dans le cambouis. On fabrique un livre numérique en se donnant des moyens, des objectifs, en se posant des questions ; on peut fabriquer un livre numérique en appliquant ce que l’on a appris lorsqu’on fabriquait des livres papier.

Ce que je veux dire c’est que pour fabriquer un livre numérique, il n’y a pas de règles. Il y a des bonnes pratiques, mais comme on est tous en train de chercher, de tâtonner, que le format epub est standard seulement dans nos rêves et  n’est sans doute supporté correctement qu’au Paradis 2.0, on ne peut pas affirmer, qui que l’on soit (codeur fou, spécialiste 2.0, sociologue, éditeur, expert en truc et docteur ès je-sais-tout, théoricien de l’édition, gourou du livre numérique, chantre du papier, blogueur littéraire, diffuseur, distributeur, libraire numérique, librairie jamais-de-la-vie-numérique, journal spécialisé, lecteur ou auteur, bidouilleur du dimanche, auto-édité à succès, auto-édité sans succès, et j’en passe) qu’on sache exactement comment faire un livre numérique sans fausse note. Il y aura toujours une appli de lecture ou un lecteur ou un codeur fou ou un spécialiste 2.0 etc. pour vous démontrer le contraire (joke : c’est l’appli qui est mal codée, pas votre livre. Mais bon, est-ce que le lecteur en a quelque chose à carrer au final ? Lui, il veut lire. Pour lui, les responsables sont l’éditeur du livre — allez, voire le prestataire de service quand il est conscient que ça existe — ou l’éditeur de l’appli de lecture, et basta. Mais en gros, il sera juste énervé, changera d’appli de lecture OU n’achètera plus de livres de cet éditeur OU arrêtera de lire en numérique « pas pour toujours mais je vais attendre que ce soit viable leur truc »). Mais c’est normal, on fait tous ça. Peu de gens essuient volontairement les pots cassés, dépensent de l’argent s’ils ne sont pas satisfaits dans l’espoir hypothétique que les choses vont s’améliorer. C’est pour ça qu’il faut vraiment prendre le livre numérique au sérieux et pas comme un sous-livre.

Fabriquer un livre numérique c’est aussi s’investir personnellement. Panoz par exemple s’investit énormément dans l’ebook design, dans la typographie, dans les nouveaux modèles éditoriaux, dans la mise en page. Il s’investit dans une réflexion permanente sur les avancées de ce nouveau modèle, qu’elles soient économiques, créatives, politiques, sociales, ou techniques — sans pour autant parler de code pur forcément, la technique ce n’est pas que du code, loin de là.

Moi, je m’investis dans la fabrication, les couvertures, la communication, la relation auteurs, la coordination, les projets [cf. prochaine SAS montée par Gwen], parfois l’édito. Personnellement, comme j’ai perdu un peu d’intérêt pour le code pur au fil du temps, surtout à cause des limitations liées au format et au débuggage incessant qu’elles entrainent, je me suis plus tournée vers le graphisme et puis… contribuer à faire vivre la maison d’édition, ce qui prend pas mal de temps, même si bien sûr je ne suis pas seule, la période de transition est complexe à gérer. Je code toujours, je mets toujours en page des livres, mais l’essentiel de mon travail n’est pas de faire La croisée des marelles tous les jours — même si j’adore faire ça, je suis contente de ne pas faire que ça. L’essentiel de mon travail de fabrication est de mettre à jour des livres qui ont été fabriqués aux débuts de publie.net, et de fabriquer les nouveaux livres. Peu de temps et de place pour m’envoler vers les terrains d’invention et de création que permettent le format numérique, bien qu’on ait tous dans nos cartons mille bouts de projets, mille bouts de code, mille essais d’ebook design et mille idées de navigation : on a envie, bien sûr, mais le temps, toujours le temps… Seulement, personnellement, et je le répète encore cette fois, c’est le code qui doit servir le livre et non l’inverse : l’étalage de la technique peut impressionner le chaland, mais déroutera sans doute l’utilisateur-lecteur et pourra même le rebuter si le combo « je suis balèze en js / j’ai pas tellement pensé que quelqu’un devait lire ce livre, je me suis plutôt bien amusé » est clairement affiché. Mais on se plante tous. On se plante tous parce qu’on ne peut pas plaire à tout le monde d’une part, et que faire simple est compliqué d’autre part. Que lorsque l’on a des textes complexes, aux chemins multiples, aux croisements incessants, alors il faut faire un choix : investir totalement et pleinement le numérique pour en faire un objet certes non-intéropérable mais qui est une proposition de lecture, une proposition de mise en page, une manière de dire : voilà ce que ça m’inspire ; ou soit on s’en tient à une version intéropérable et on doit faire des croix sur bon nombre de chemins, et rendre les choses pertinentes et simples en mode McGyver, sans artifice. Les deux sont des challenges. Le gros défi également est d’expliquer aux auteurs, dont certains ne lisent pas du tout en numérique, ce que je trouve tellement paradoxal que je m’en arrache parfois les cheveux, que ceci n’est pas possible en epub, que le livre numérique n’est pas un site web, qu’on a des limitations techniques, logiques etc. C’est de la pédagogie, de l’éducation au livre numérique, bien avant même que ce soit de la fabrication. C’est la réflexion éditoriale dans toute sa splendeur : je biche quand un auteur arrive avec un projet pensé spécifiquement pour le numérique car là, now we’re talking, on peut vraiment se creuser les méninges et discuter et tomber d’accord, pas d’accord, négocier, ré-imaginer, tout changer, re-modeler, bref : on peut faire vivre un joli projet. Ça peut prendre deux semaines comme six mois. Ça peut prendre la tête tout comme filer sur des roulettes. Et comme je le dis tout le temps : si je devais refaire ce livre, je m’y prendrais tout à fait autrement. Dans l’absolu, on peut faire des mises à jour de livres ; en réalité, le temps, toujours le temps…

Comment pense-t-on cet objet, en continuité ou en rupture avec la chaîne graphique et les circuits d’impression traditionnels de fabrication du livre ?

En continuité ET en rupture. En continuité parce que d’une part un livre numérique nécessite autant de travail éditorial qu’un livre papier [d’ailleurs si vous savez bien mettre en page un livre papier, vous aurez beaucoup moins de problèmes à coder un livre numérique, les réflexes sont les mêmes], le texte reste le texte, quelque soit le support sur lequel il est disponible, et d’autre part, parce que dans bon nombre de workflows, on part du livre papier pour convertir en livre numérique. Je le répète encore et encore, le livre numérique ne doit pas être et ne doit pas être vu comme un sous-livre. Bon nombre d’auteurs font face à cette situation : ils annoncent la publication de leur livre, leurs proches rayonnent ; ils ajoutent que c’est en numérique, leurs proches déchantent : « bon ben on attendra que tu sois vraiment publié pour te lire » ou « ah dommage je suis contre le livre numérique » ou simplement « je ne lis pas en numérique, tant pis ». Et donc, tu ne lis pas en numérique et ton meilleur ami vient de publier en numérique, ça ne te donne pas envie de t’y mettre ? Le livre numérique ne doit pas être considéré un sous-livre sous prétexte que c’est un fichier. La très grande majorité des livres papier est produite depuis un fichier (les autres sont des livres d’artistes par exemple). Que les textes soient imprimés par la suite n’enlève rien à la valeur des mots. Mais certes, il y a toujours cette valeur de l’objet… Bref, en continuité, parce qu’un texte est un texte, quel que soit le support sur lequel il est publié.

En rupture, parce que ce qui fait le principal trait du livre papier, c’est que le texte est figé (c’est tellement évident que oui… on l’oublie) et que le trait principal du livre numérique est le texte n’est pas figé dans 95% des cas. Je dis 95% des cas, ça peut être plus, ça peut être moins, je suis pas foule adepte des chiffres et c’est tout simplement pour dire que l’on peut aussi figer du texte dans le livre numérique. Ce qui, hors des livres illustrés ou nécessitant une mise en page complexe et donc fixe (donc pas du roman, vous me suivez), est *normalement* une exception. Je dis *normalement* parce que les prestas font généralement payer le fixed-layout plus cher donc quand ils sont peu scrupuleux, ils vont conseiller à un auteur/éditeur de convertir un livre qui n’en a pas besoin en fixed-layout (car wahou c’est trop classe sur un iPad), voire même en iBooks Author (et là tous les gens ayant un peu de bon sens sont pas loin de se tirer une balle) et on aura donc un livre illisible à l’arrivée.

Je parle là de fabrication, mais il y a également tous les pans de diffusion/distribution, rémunération des auteurs, de médiation, et même, encore plus loin, « l’écran fait mal aux yeux » ou « on retient moins ce qu’on lit sur un écran », « le livre numérique tue les libraires », etc. : un nouveau modèle amène forcément son lot de « pour » et « contre », de détracteurs, d’irréductibles, et la nuance est de mise. Que nous soyons « papier » ou « numérique », nous ne pouvons pas dire « j’ai raison » : il n’y a pas de modèle qui détiendrait une quelconque vérité (tout comme en politique, économie etc.) car il n’y a pas de modèle parfait. On peut juste essayer d’avancer : nous voilà avec un nouveau support/format/moyen de lire, qui peu à peu sort du cercle des initiés et passionnés pour se proposer au grand public, nous voilà avec de nouvelles règles à inventer et de nouvelles habitudes à acquérir, mais personne ne force personne, ce n’est pas une obligation de lire en numérique mais ce n’est pas une hérésie non plus de lire en numérique. Seulement, nous voilà également avec de nouvelles responsabilités, dont la première serait à mon avis de ne pas réitérer les mêmes erreurs que l’on fait généralement avec tout nouveau support/média/format numérique — la musique, notamment. Et ne pas réitérer les mêmes erreurs, cela ne veut pas dire « faire exactement l’inverse de ce que l’on a déjà fait et comme ça tout est réglé » : on a interdit ça, autorisons-le sans l’encadrer, on a autorisé ça, interdisons-le sans discuter » (piratage power).

Comme je n’ai pas de conclusion à ces réflexions, je m’autorise à arrêter maintenant ce déjà trop long article et à retourner fabriquer la prochaine couverture du Projet Bradbury.

Sinon, vous pouvez toujours lire les livres de Panoz qui viennent d’être publiés et qui vous expliqueront bien plus de choses que cet article. Il y en a même un gratuitIl y a même des articles.

Pas de commentaire.

Souvenirs d’un revuiste, par George Garnir — (extraits)

garnir

Extraits

Projet ebook, numérisation à la mano, petit à petit… Un projet en stand-by mais que je reprendrai quand j’aurai sorti la tête de l’eau niveau temps. 

 

 

Chapitre I — Le début

 

Quand je contemple tout ça, avec le recul du revuiste chevronné et dont le cheveu se fait rare, j’aperçois un carnaval de costumes de toutes les coupes et de toutes les époques, de perruques multicolores, d’épaules plâtrées, de commères de tout âge et de toute architecture, un tohu-bohu de ballets et de défilés se bousculant sous des herses de gaz ou des projecteurs électriques, des villes, des palais et des paysages fantastiques dans des royaumes de toile et de carton, des décors éphémères, somptueux et dérisoires, des poitrines multiformes accommodées à la mode du jour, depuis les gorges triomphales et nacrées que marquait, jadis le voluptueux sillon jusqu’à celles, récentes, qui obéissent à l’impératif « laissez-les tomber ». J’entends des musiques énamourées, où le violoncelle y va de sa larme, des musiques légères et joyeuses, voltigeant comme des feux-follets au bout de l’archet ; des musiques tonitruantes, rythmées par les trompettes thébaines et le tonnerre déchaîné des tambours — et des musiques canailles qui font tourner le gigolo et la gigolette dans les bals de barrières. Je revois des artistes dévoués et compréhensifs, à qui revient la grosse part du succès des scènes « bruxelloises » ; je revois des directeurs avisés, des directeurs hirsutes et des directeurs ahuris ; des chefs d’orchestre butés et ignares et des chefs d’orchestre qui, toujours d’attaque, ayant leurs hommes en main et acharnés à bien faire, deviennent les précieux collaborateurs du revuiste ; des maîtres de ballet artistes et d’autres qui, rossant et injuriant le peuple soumis et peureux des danseuses, règlent, à grands fracas, de déplorables chorégraphies ; des théâtreuses dont la parfaite stupidité constitue une calamité sans retour et des petits rôles qui apportent modestement, à dire les deux phrases qu’on leur confie, de l’intelligence et du talent. Je revois des costumiers imbéciles et des habilleuses qui, les soirs de première, d’un tour de main expert, chiffonnent, comme des fées, un chapeau manqué et sauvent un corsage en y piquant une fleur ; je revois des machinistes incapables d’appuyer un rideau et d’autres qui, à la minute désespérée où le changement à vue va rater, grimpent au mât comme des mousses sur un navire en perdition et, s’agrippant aux cintres au risque de se casser les os, vont décrocher les pendrillons qui gênent la manœuvre. Je revois les laborieuses répétitions à l’avant-scène, dont on sort sans voix, sans jambes et sans foi, à côté d’autres où la bonne volonté, l’émulation généreuse, le courage fraternel, les trouvailles, l’amitié des interprètes suppriment la fatigue et l’ennui de la scène vingt fois reprise, vingt fois refaite et finalement condamnée ; les « générales » qui finissent à cinq heures du matin, dans l’hébêtement de tous et de chacun ; les heures d’angoisse de la première où le sentiment des responsabilités morales vous lancine brusquement… Puis, le désintérêt, la lassitude après la partie gagnée — quand on a gagné la partie, c’est-à-dire quand, dans un sourire et une poignée de mains, derrière le rideau que la claque a fait relever cinq fois le directeur et le régisseur vous ont dit : « Ça y est ! » et que la commère, classiquement vous embrasse coram populo.

C’est la bataille ; c’est de la vie trépidante et fiévreuse.

Et l’on oublie la médiocrité finale de la tâche et l’inexistence totale d’une revue de fin d’année aux regards de Sirius, parce que, au moment de l’action, on a été transporté par l’effort.

Quand on appartient, comme votre serviteur, à une génération qui, ayant dépassé le point culminant de la montagne russe de la vie, descend déjà vers le terminus, on est plus excusable, semble-t-il,— si haïssable que soit le moi — quand, parlant des autres, on est amené à parler de soi-même : la prescription a commencé de courir…

Je tâcherai, en notant ces souvenirs, d’être l’homme de bonne humeur qui, un peu las de la grande ville et garé des autos, raconte des histoires à des amis, par une belle après-midi d’été, dans le jardin d’une villa d’où l’on voit couler la Meuse, en buvant du vin frais sous des arbres.


Chapitre VI — La Régie

 

Ah ! la régie de ce vieux théâtre ! Elle participait à la fois de l’écurie et du sanctuaire ; c’était un coin plein de saleté, de désordre et de prestige ; c’était le cœur où, sous une enveloppe poussiéreuse et maculée, battait la vie du théâtre.

Six mètres carrés de plancher, pris le long d’un mur de pignon sur le plateau de la scène, enfermés, jusque trois mètres de hauteur, par des cloisons en vieux châssis et coiffés d’un toit plat ; sur ce toit, depuis la création du théâtre, s’accumulaient des débris et papiers inutiles : vieux plans et vieux registres, maquettes désarticulées, journaux dépareillés, affiches périmées, accessoires encombrants. À l’intérieur, deux tables à écrire : l’une pour le secrétaire du théâtre et le régisseur, l’autre pour le directeur ; derrière les deux tables, deux fauteuils. Quand on était enfermé dans ce réduit à trois ou quatre — jamais plus et pour cause — on y étouffait tout de suite.

Seul le régisseur en avait la clef.

Cela sentait le vieux harnais de cuir, le seau de toilette, la colle rance et le pipi de chat.

Au mur, des photos, des coupures de journaux, des images racontaient l’histoire de l’Alcazar depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Sur une tablette pliante, un pot à eau, une cuvette et de quoi se grimer, quand le régisseur était de la pièce ; et l’on y voyait aussi, parfois, des perruques et jusqu’à des costumes pour les artistes qui, n’ayant pas le temps, au cours de l’acte, de monter dans leurs loges pour se changer, faisaient de ce refuge un salon d’habillage.

« On vous demande à la régie… » — ces mots sonnaient généralement mal à l’oreille de l’intéressé ; les hommes y allaient le front soucieux ; les femmes arboraient, selon les cas, un sourire belliqueux ou séducteur.

Crébillon a publié les mémoires d’un sopha ; qui publiera les mémoires d’une régie !

Que de comédies jouées, bien autrement « humaines » que celles qui se représentaient de l’autre côté du portant ! Que de contrats débattus ; que d’intrigues ourdies ; que de rosseries ; que de secrets marchés d’amour, depuis le jour où le premier directeur de l’Alcazar s’était assis dans ce fauteuil dont aujourd’hui les jointures craquaient et dont l’étoffe trouée crachait la laine !

C’est là qu’un soir, deux vedettes, l’une bruxelloise, l’autre parisienne, se giflèrent avec un flux si stupéfiant de paroles ordurières et comiques que le souvenir s’en est perpétué à plusieurs générations.

C’est là qu’Olga Léau, la millionnaire directrice russe, aux frasques fameuses, faisait mander, pendant l’entr’acte, son nouveau ténor ou son nouveau baryton et se plaisant à causer avec lui, enjoignait au régisseur d’annoncer au public que la pièce ne continuait pas et qu’on rendait l’argent.

C’est là qu’un éphèbe, un chérubin aux blonds cheveux, ayant poursuivi, jusque dans les coulisses, une artiste dont il s’était toqué, se tira un coup de revolver qui faillit mettre fin à une existence déjà regrettablement accidentée.

C’est là qu’un soir fut traqué, par les danseuses muées en furies vengeresses, un médecin fraîchement sorti de l’Université, qui, appelé dans la loge du ballet auprès d’une ballerine dont le doigt s’était pris dans une porte, lui avait ordonné, le nez troussé par la friandise, de se déshabiller complètement, histoire de rigoler un brin…

Il semblait que la régie demeurait chaude de toute la vie qui s’y était activée et surexcitée, de toutes les haleines fiévreuses qui y avaient soufflé, de toutes les passions, de tous les éclats de voix dont elle avait vibré — bien longtemps encore après l’heure où, le rideau baissé et le lustre éteint, elle n’était plus, avec ses vitres dépolies, éclairées de l’intérieur, qu’une grande lanterne luisant dans un coin des ténèbres de la scène.