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Journal — Escale ton coeur ///

Y’a juste un sourire, dans ma face, qui est apparu. J’ai respiré fort, tellement fort qu’un chef d’orchestre m’est rentré dans l’nez.
Y’a atterri dans mon chest (et croisé la gang du Bus magique qui tournait l’épisode du corps humain.)
Y’a sorti sa baguette et y’a dit à mon cœur : « Attache ta tuque le gros, tu vas accélérer et battre plus fort. Accélérer et battre plus fort. Accélérer et battre plus fort. »
Boum, il bat. Boum, encore. Manquait juste un « Chica chica » et on avait une toune d’Alys Robi.

Pause dans la course, respiration. Nécessité de fermer les yeux pis de mettre des mots là-dessus. Ça te calme dans le tourbillon de la vie, ça te dit : Respire, wow, t’es pas obligée de courir tout le temps, un mot après l’autre, un pied devant l’autre, personne est à tes trousses. Ça non, et faudrait ben du courage, parfois je me suis plus moi-même, catch me if you can. Je suis comme Lucky Luke qu’aurait troué son ombre avec un peu trop d’enthousiasme, pis qui se dirait : Fuck, j’en avais encore besoin, quelqu’un a-t-y une trousse de secours, ombre à terre, ombre à terre !
Ces derniers temps, j’ai couru pas mal vite entre les trains et les avions, j’ai grimpé sur le podium de quelques galères, j’ai roulé ma bosse, là, pas très loin, mais sans arrêt, ça épuise mais ça rend vivant.
J’ai travaillé dans les aéroports et les gares, pas facile le working nomade, et pas facile surtout le travail maintenant que j’ai compris — je le savais avant mais je le vérifie désormais — qu’il y a pas tellement d’amitié là-dedans, jamais jamais quand l’oseille se radine, et que tous les coups sont permis. Coups de couteau, coups de massue, coups de tête balayette, les beaux discours pour la gloire et les mesquineries pour les fonds de tiroir, même si les bons sont méchants, à quoi ça sert de passer ses nuits pis ses jours à se battre dans le vent ? Comment ils font pour se regarder dans le miroir ces gens-là, qui méprisent bien haut bien fort tout le reste, se proclament victimes mais marchent en bourreaux ? La cour des mensonges, la gigue de l’ego, on la joue solo pour briller plus fort, ça éblouit, c’est joli, et tout le monde n’y voit que du feu, car le but finalement, c’est de tirer la couverture à soi pour être sûr d’avoir toujours chaud. C’est sans doute humain, mais ça fait mordre la poussière aux naïfs. Bref, c’est ça l’édition. Aussi.

virginie-gautier-nouveaute
Dans le clan des Positifs, je recommence le travail « public » (en coulisses, j’ai beaucoup bossé, notamment pour anticiper les trois semaines de Pérou qui arrivent, mais j’étais fatiguée de communiquer publiquement, je ne savais plus quoi dire, comment le dire, et surtout j’avais envie de me taire, c’est usant de parler, surtout sur Internet, sans cesse épiée, chaque parole interprétée de travers, chaque mail comme une possible engueulade, chaque tweet sujet à débat — pas les miens, j’aime pas les batailles rangées de cours de récré —, c’est le jeu du Web, je sais), et la publication du beau premier livre de la « rentrée » me redonne du souffle. Galère parce qu’on n’a pas encore Internet, et qu’on jongle entre le Free Wifi et une clé 3G. Travail solidaire et collectif amorcé ces derniers mois avec le comité éditorial et les directeurs de collection qui me fait me sentir moins « seule » — même si Gwen a toujours été là of course — et me permet de prendre du recul. Quand on est dedans H24, pas facile. Pour ça que cet été était nécessaire aussi, pour m’éloigner du travail, de l’édition, du graphisme, du code. Revoir les copains, recharger les batteries, repartir à l’assaut, tac tac, en y laissant quelques plumes quand même, mais quand on joue avec le feu…
Panoz bosse dingue, on a loupé Lurs (invités par Frank Adebiaye, on lui en a fait voir de toutes les couleurs avec notre planning impossible là, tout ça pour pas pouvoir venir, honte), les problèmes de déménagement, de voiture, on a encore plein de projets pour Chapal&Panoz, jamais trop le temps de m’y mettre autant que je le devrais, mais Panoz bosse dingue, dingue, et bien, augmente de level, gagne des points, gagne des vies, on réseaute juste pas assez, on n’est pas des businessmen, on est des ours.
Comme un signal, j’ai revu ma pote d’enfance Julie il y a quelques jours, elle avait gardé toutes les lettres envoyées depuis toujours — best friends forever, toi-même tu sais, avec des coeurs et de l’espoir — et déjà en 6e, j’avais calculé que « dans cinq ans, avec mes économies, je pourrais me payer un joli voyage ». Je pense qu’on ne se retrouve jamais. On est un peu moins innocents, mais on nage quand même dans l’inconnu, on se perd toujours autant. Tant mieux.

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Génova, c’est une escale. C’est comme être en vacances dans un petit village italien. Il y a les ruelles, les petites boutiques, ce qu’il faut de bruit pour que je n’aie pas l’impression de mourir dans le vide, la cuisine merveilleuse à pleurer, on sent la mer, le port, ça vit, ça grouille sous les arcanes, il y a le soleil et il y a la pluie, ça vente, ça chante, et il y a surtout le sourire des gens. On fait chauffer l’eau dans une petite casserole pour noyer le café dans la cafetière à piston, on ouvre les rideaux et les fenêtres dans le clair-obscur des matins pas encore bien dessinés, on mange de la ricotta, du pesto et de la mozzarella avec des pomodori et du jambon de Parme, la bière est rossa et piccola, l’atmosphère cotonneuse, on dort bien, on ne se réveille vraiment qu’à midi je crois, on fait sécher son linge aux fenêtres, on arpente, on marche, on grimpe, on redescend, rien n’est compliqué ici, les papiers, la vie, c’est de l’huile, ça coule tout seul, ça dévale les pentes, dans le labyrinthe de pierres et d’ombres, et ça ronronne au bout, c’est chaud, c’est un film avec Hepburn, avec des robes à pois et de la musique jazzy dans l’air. Mais je suis encore en transition, je me dis : On verra après le Pérou. On verra pour parler italien correctement — je parle espagnol avec des mots italiens, je comprends ce qu’on me dit, mais j’ai pas le réflexe de parler —, on verra pour aller au théâtre, au cinéma, pour rencontrer des gens, pour ranger les livres, pour aménager le bel appartement, avec le parquet brun un peu vieux qui glisse, avec les grandes fenêtres qui attrapent la lumière et le chat noir Gabin qui biche fou dans son nouvel univers, on verra après. On verra bien.
Barcelona ne me manque pas.

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Pour l’instant, à la fenêtre, je souffle dans mon truc-à-bulles — personne sait comment s’appelle cet engin, je me trompe ? —, ça s’envole chez les gens qui sont posés à leurs fenêtres de même, j’écoute RJD2 (celle-là) et je bois du vin blanc, en bas la terrasse du bar, c’est un bonheur suspendu, j’accroche mon coeur comme je peux, je fais un noeud pour l’empêcher de faire n’importe quoi, je ferme les yeux, pis j’enfouis profond ce sentiment qui m’anime comme un moteur, celui de vouloir être là où je ne suis pas, c’est-à-dire partout, c’est-à-dire nulle part, c’est-à-dire loin.
Pour une fois, je sais bien où j’aurais voulu être /// mais… ce qui remue, ce qui bouillonne, ce qui anime dans l’impossible, ça fait pleurer les petites filles de 26 ans dans la chaleur italienne et ça les fait sourire en même temps.

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3 Comments

  1. Oui, parfois on se donne à fond, et personne ne le voit vraiment, et toujours il y a des gens à qui on fait confiance et qui abuse de cette confiance. Parfois on a envie de tout laisser tomber, mais vraiment, il ne faut pas.
    J’espère que ton nouvel appart, ta nouvelle ville, ton voyage au Pérou te permettront de repartir requinquée.

  2. Pingback: Journal — Matin-monde /// - La Dame au Chapal

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