Tous les articles de la catégorie “Journal

Journal — La fin du ciel ///

ça commence
ça commence comme ça
un jour on se dit qu’on partira dans le soleil
même si c’est loin dans le temps
on se dit qu’on partira dérouler l’été
alors ça commence comme ça
avec les copains mettre un point d’exclamation sur un point de chute
et dire tope-là on y sera dans six mois les cocos
yallah

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Journal — Wars ///

« Cher journal », aujourd’hui, c’est la guerre et je suis en retard pour la faire.
J’ai oublié d’être pleine d’espoir : je n’ai pas d’excuse pour ça. J’ai oublié d’être engagée : je n’ai pas d’excuse pour ça non plus.

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Journal — Carrefours ///

Vango marche sur les toits de Paris. Il connaît par cœur le chemin aérien entre les carmes et le jardin du Luxembourg. Il peut le parcourir presque sans toucher terre. Il sait que la police est postée devant le séminaire, et n’attend que lui.
Vango traverse des étendues de zinc, glisse sur l’ardoise, bondit entre les cheminées. Il connaît les câbles tendus pour franchir les rues. Il ne dérange même pas les pigeons amoureux d’avril qui roucoulent dans les gouttières. Il survole les habitants des soupentes, les étudiants, les bonnes, les artistes. Il ne réveille pas les chats, n’effleure même pas le linge des terrasses. Parfois, à une fenêtre ouverte, une femme emmitouflée dans une couverture respire l’air de la nuit du printemps.
Sautant de toit en toit, il passe juste au-dessus, sans un bruit.

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Pas de commentaire.

Journal — Territoires de l’impossible ///

S’il y a eu, dans la nuit des temps, des civilisations bâties sur un système de connaissances, il y a eu des manuels. Les cathédrales seraient des manuels de la connaissance alchimique. Il n’est pas exclu que certains de ces manuels, ou des fragments, aient été retrouvés, pieusement conservés et indéfiniment recopiés par des moines dont la tâche était moins de comprendre que de sauvegarder. Indéfiniment recopiés, enluminés, transposés, interprétés, non en fonction de ces connaissances anciennes, hautes et complexes, mais en fonction du peu de savoir de l’âge suivant. Mais en fin de compte, toute réelle connaissance technique, scientifique, poussée à son extrémité, entraîne une connaissance profonde de la nature de l’esprit, des ressources du psychisme, introduit à un état supérieur de conscience. Si, à partir des textes « ésotériques », – même s’ils ne sont que ce que nous en disons ici – des hommes ont pu remonter vers cet état supérieur de conscience, ils ont, d’une certaine manière, renoué avec la splendeur des civilisations englouties. Il n’est pas exclu non plus qu’il y ait deux sortes de « textes sacrés » : fragments de témoignages d’une ancienne connaissance technique, et fragments de livres purement religieux, inspirés par Dieu. Les deux seraient confondus, faute de références permettant de les distinguer. Et il s’agit bien, dans les deux cas, de textes également sacrés.

Le matin des magiciens, Pauwels et Bergier.

Zdzisław Beksiński

Merci à mon pote Tom qui est toujours un fin connaisseur de l’art et qui m’a rappelé que Zdzisław Beksiński existait.

 

Et si nous étions virtuels ? Si chacun d’entre nous était le personnage d’un jeu — Life — animé par un geek intergalactique ? Si l’image finale de Men in Black (je ne sais plus lequel) d’aliens jouant aux billes avec nos planètes était vraie ? Si notre civilisation n’était qu’un ersatz, une rescapée ignorante d’une autre civilisation bien plus avancée qui aurait sombré ? Bon. On peut tout croire, tout imaginer, et tout inventer : c’est l’infini de l’esprit humain qui se déroule quand il commence à rêver. Deux choses m’ont toujours fascinée : qu’est-ce qui s’est passé ? et comment lire le monde ? Mais comme dirait Isabelle-Florence, je ne suis pas folle vous savez.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Les civilisations perdues dont on retrouve parfois des traces, qu’on ne sait plus interpréter car nous manque le langage, les endroits abandonnés, qui se souvient d’eux, qui sait pourquoi, qu’est-ce qui s’est passé, ici, là-bas ? Et pourquoi n’aurait-on pas le droit de rêver dans ce monde si cartésien, où l’on doit voir pour croire ? Comment lire le monde, faire s’entrecroiser les signes, car il y en a, toujours, une infinité ? Moi ça me plairait de me dire qu’il y a une autre Roxou dans un autre univers, et que tout s’équilibre. Les vases communicants à l’échelle hyper-cosmique. On s’en fout, non, de pas avoir de preuve ? Ça m’empêche pas de parler pendant trois heures avec l’ami Marc sur l’empreinte qu’apposent les signes sur nos vies, et sans tomber dans la sur-interprétation, j’aime à croire que tout ceci n’est pas par hasard, que quand je retombe sur cette personne à l’autre bout du monde ça n’est pas par hasard, que quand cette musique est jouée cet instant précis ça n’est pas par hasard, ou cet entrecroisement de curieuses coïncidences qui donnent un peu de mystère à nos vies normées, tout cela construit un écheveau qui d’une certaine façon me rassure — on croit en ce qu’on veut, je n’ai pas de Dieu, mais j’ai l’Univers, chacun sa soupe —, on n’avance pas seul. J’aime bien croire qu’on a plusieurs vies, j’aime bien penser que nos morts sont avec nous, j’aime bien l’inexplicable, il nous force à nous remettre en question, il nous dérange dans notre confort.

Dans les territoires de l’impossible, celui des rêves me plaît, les miens dont je me souviens si souvent, dans cette étape brumeuse du demi-sommeil qui me les faisait même écrire à une époque sur un carnet caché sous mon oreiller. Ces rêves récurrents, imprimés comme des photographies dans nos esprits, que l’on pourrait décrire au détail près. Mes cousins, mon frangin et moi qui sommes dans le jeu Donkey Kong sur la Game Boy Color. Ça c’est du rêve qui en jette. Un bâtiment ouvert aux quatre vents et qui sombre dans la mer, et des grappes d’êtres humains étendus sur le sable, habillés en blanc, qui semblent attendre. Ça c’est bizarre, mais c’est du rêve. Il y a toujours l’armoire qui parle et qui fume de mon enfance, mais je ne la rêve plus, j’en ai construit le souvenir petit à petit. Cette nuit, j’étais dans un marécage de boue, d’où ressortait parfois la cime d’un arbre, j’étais un animal, gros, et je tentais de ne pas me noyer, j’avançais, lentement. Avant, j’étais joueuse de basket dans une série américaine. Un jour, je me suis réveillée en haut de l’Everest, et il y avait à côté de moi la carcasse de l’avion de Tintin au Tibet. Je me suis souvent vue perdue en mer, dans mon lit aménagé en maison-navire, parce que c’est ce que Claude Ponti a fabriqué avec ses images dans La Tempête. J’ai rêvé en dessin animé, en plusieurs langues, en noir et blanc.

Il y a ces rêves dont on ne sait pas sortir. Plusieurs fois, je sais que je hurle — pour de vrai ? aucune idée, mais je sais que c’est une douleur d’essayer de faire sortir un son de ma gorge —, que je cours, que je fuis, et bordel, j’ai peur. Ce sont les rêves noirs — et c’est là où l’esprit m’impressionne le plus —, ceux que l’on dirige parfois, où l’on sait qu’on est dedans mais où l’on décide de ne pas en sortir, pas maintenant. Je me souviens juste de la sensation de peur, je ne me souviens jamais pourquoi j’ai peur. Mais je sais que c’est un peu plusse terrible que les monstres sous ton lit. Sans doute que c’est parce qu’on ne peut pas lutter contre soi-même, sans doute que c’est à cet instant qu’on regarde de l’autre côté du miroir, et qu’on comprend qu’on a tous une part d’ombre en nous.

roxou-tangapico

Territoires de l’impossible, tu rêves, tu crois ?

/ Je conduirai cette Ford Mustang Fastback de 1965 en mode Las Vegas Parano avec les trois copains de ma vie sur les routes d’Amérique Latine. Cumbia, cigarillos, rhum, allez, on sera les rois du monde et il n’y aura que la mer pour arrêter notre road-trip dans la chaleur et la folie.

/ Je découvrirai une vieille maison coloniale perdue au milieu de la jungle, sans époque mais dans l’abandon figé du passé, et il y aura des plantes sauvages sur le toit, des perroquets, des singes, des tigres et des alligators cachés dans l’obscurité verte, et une gigantesque bibliothèque comme gardienne de ce dédale sauvage. Quand tu souffles sur la poussière, les secrets se noient dans le fleuve. C’est ainsi qu’on la perd à jamais, la mémoire du lieu.

/ Je volerai, cramponnée au dos d’un aigle géant, au-dessus du coton des cieux, là où rien ne peut nous atteindre, ni le sang d’en bas, ni les larmes, ni la détresse, là où la paix n’est pas encore dérangée par la mort qui ronge la terre. Et l’aigle sera vent et je serai libre.

/ Je serai femme fatale dans un cabaret de Paris au début du siècle dernier, opium et absinthe, amour et poésie. Le beau monde sera celui de la rue, et on chantera les refrains qui font vibrer les passions et rendent vivants les amants. On sera plume, gavroche et cibiche. Et on fermera les yeux pour ne faire qu’un avec l’air du temps.

/ J’explorerai les continents glacés du Pôle Nord à bord d’un paquebot du futur, et de nos villes englouties surgiront parfois la pointe d’une cathédrale ou les derniers étages d’un building noyé. Les ours, les pingouins et les phoques vivront sur nos anciennes cités ; dans le bleu loin devant nos yeux et avec le blanc sous nos pas, ils auront gagné. Les humains seront survivants et j’écrirai un carnet de bord pour que quelqu’un se souvienne.

/ Je me battrai avec des boules de feu et des pouvoirs incroyables sous les traits d’une héroïne manga, il y aura une forêt enchantée, sans doute de la trahison, des animaux démoniaques, un amour impossible qui durera sur 570 épisodes et bien sûr une résurrection finale.

/ Je serai dans la team de Mad Max et je piloterai son bolide dans le désert infernal de Burning Man, ça sera fou et violent, et on sera des héros dingues, avec du métal dans le corps et de l’irréel devant les yeux. Pas de pitié.

/ Je serai exploratrice de contrées imaginaires, aventurière du réel, écrivain de la mémoire, maîtresse de nuits fauves, pilote d’aéronef grandiose, comtesse des temps virtuoses, inventrice de mondes parallèles, je casserai des assiettes avec Kessel au son des violons tziganes, j’irai aux courses avec Gabin, Ventura et Blier, je m’évaderai avec Prévert, je cavalerai dans le drame avec Brel, j’ouvrirai les yeux avec Méliès et Chaplin, je serai princesse de la prohibition avec Al Capone, je lèverai le coude avec Piaf, taperai des barres avec Desproges et Audiard, je serai confidente d’Hemingway et de Gary ; et puis, épuisée d’être tous ceux-là à la fois, je finirai par fermer les yeux, dans un hamac au sud, grillons cigales et vin rosé.

/ Et pis ça arrive parfois sans que je le veuille, je suis sous la bulle, et nos deux lignes se croisent dans l’éphémère ; je trouve ça beau pis fou, et ça me suffit de rêver ainsi, allongée avec toi sur les territoires de l’impossible.

Tangapico from Alexandra Huard on Vimeo.

Pas de commentaire.

Journal — De l’amour avec des rides ///

On saute sur la première polka avec un voyou qui nous dit des choses énormes ; on danse la mazurka avec un pantalon de velours qui vous offre le paradis. Il faut attendre la valse, l’entraînante valse, pour voir arriver ce petit apache, avec ou sans moustache, qui rien qu’en vous touchant le doigt de son doigt vous fait remonter tout le sang à l’épiderme. Celui-là, c’est l’amoureux ! Celui-là, c’est le dieu ! C’est celui-là et pas un autre qui, ce soir, part pour vous apprendre les choses que vous ne connaissez point ! Et ça ne fait rien qu’il soit timide et gauche ! Et ça ne compte pas s’il saute la valse au lieu de la glisser ! Il a des yeux rieurs, c’est beaucoup… Il a trente-deux dents blanches, c’est tout !

N’est-ce pas que c’est bien là notre histoire, petit Matelot ? Toi, tu étais venu au bal par la rue de Montreuil et moi par la rue Alexandre-Dumas. Nous ne nous connaissions pas. J’ignorais absolument ton existence et personne ne t’avait dit à toi-même que tu rencontrerais ce jour-là au Tableau une gosse de treize ans, faite comme ceci et comme cela, blonde, et que tu aimerais beaucoup, très bien, pendant quatorze mois ?

Chroniques du Paris apache (1902-1905) ou Les mémoires de Casque d’Or.

jetaime-romaingary

Pour parler d’amour, je voulais citer Le soleil se lève aussi. Mais je n’ai retrouvé que La promesse de l’aube. Et que vois-je, plié à la page 302 ? Ce mot. Alors bon, ça tombe vraiment bien, mais qui m’a écrit ça ? Est-ce que j’ai prêté ce bouquin ? À qui ? Qui aime qui ? Que l’auteur de ce message se fasse connaître immédiatement !

Una notte, y’a pas guère de temps, pendant que je me trimballais le corps dans les ruelles un peu sombres de Genova, savourant les retours chaotiques de ces nuits italiennes qui labyrinthent, et que je pensais à quelqu’un que j’avais connu ici et que j’avais perdu dans le temps qui passe, que j’avais retrouvé comme dans les films (j’aime toujours bien faire des trucs comme ça) avec un p’tit mot et un numéro laissés à l’abandon dans un bar clandestin où l’on s’était connus, pis qui du coup m’avait retrouvée, pis que j’avais fui, pis que j’avais finalement recherché, et c’était lui qu’avait fui (je crois, mais je sais pas, je guess, peut-être qu’il était sur un autre continent, ou dans une autre vie, le connaissant, même si peu, c’est bien possible) / mais c’est ainsi qu’on joue au chat et à la souris sans trop savoir qui est le chat et qui est la souris, ce sont des histoires qui n’existent pas vraiment, c’est du brouillard magique, des pics intenses qu’on gravit, alors on se perd l’un l’autre avant d’avoir à redescendre, on garde le souvenir fou et on échappe à la grisaille qui pourrait suivre, ça reste dans le précieux carnet des histoires qui n’ont presque pas commencé mais qui sont douces pour le cœur et redonnent le sourire dans les creux de déprime / et qui m’a — tiens, un revenant ! le re v’là lui le colosse fantôme fou guapo, damn — écrit pile à ce moment, sans que je fasse rien d’autre que d’y penser / z’allez pas me dire hein, y’a jamais de hasard… / je me suis retrouvée face au port, là où je vais toujours quand j’ai besoin de respirer. Normalement, je me radine là-bas quand le jour meurt, ça fait du feu de soleil dans les palmiers, j’aime bien ça, et c’est de l’air qui apaise, c’est le fatras des maisons de toutes les couleurs qui s’empilent en escaladant la colline à droite, et à gauche je ferme les yeux et je m’imagine être à Cuba, tu peux pas savoir si tu n’as jamais vibré avec Chico & Rita, ou quelque part plus loin qu’ici, et ça marche. Je m’envoyage, ça me rend vivante.

Anyway, là c’était la fin de la nuit, et believe me coco, tous les paumés du petit matin ne sont pas aussi magnifiques que chez Brel, c’est plusse du reloumateur qui veut te mettre dans son plumard, yoho la came du désespoir ; on est loin de l’ivrogne errant qui manie le bon mot et l’humour enivrant. Non. On est dans cette ambiance un peu vide, brumeuse, sale, pis vraie et dure, un peu comme au petit matin kaki d’une free, avec les camtars, les chiens et le son au loin. On est un peu dans l’irréel et on s’y sent bien, mais on sait qu’on est sur le fil, on sait qu’on vogue entre le bonheur et l’hello darkness my old friend. J’étais en train de cavaler en écoutant ça, toujours (depuis quelques mois, où que j’aille, tu peux me croiser dans la rue en train de faire du play-back sur cette chanson, j’assume) ; je souriais dans ma face, je me disais que l’hiver était fini, que la petite mécanique s’était remise en marche, j’avais tout bien fixé, cadenassé, réparé, bétonné, carapacé / adieu la folie d’être comme ça, merci les montagnes russes / et j’étais full peace and love, j’avais le doigt sur la gâchette pour acheter un billet d’avion hasta Istanbul ou Nueva York ou l’Argentine, bref, j’étais heureuse, limite rayonnante, je mangeais le monde, j’lui faisais l’amour.

Et, une fois n’est pas coutume, je réfléchissais. Assise sur mon banc à fumer mes miettes de tabac sec et dégueulasse, je m’interrogeais. Je repensais à ce qu’on me dit souvent, à base de (popopop) fuite en avant et d’impulsivité. Pourquoi donc ma vieille — je m’appelle comme ça quand je suis sérieuse avec moi-même — pourquoi donc ma vieille est-ce que ça te fait donc palpiter si fort de prendre des trains pis des avions ? C’est crevant en plus, d’être toujours quelque part mais d’avoir le sentiment de ne jamais être là où il faut. J’avais pas guère voire jamais pensé à ma propre genèse-jeunesse, pas de cette manière flippante qui fait se regarder soi-même dans un miroir pis de se dire : voilà pourquoi. Sans doute qu’à voir les copains se marier, avoir des gosses, et tout le fatras, alors que toi t’es toute seule pis loin de savoir construire quoi que ce soit, sans doute que ça remue plusse que ce que je ne le pensais. Peut-être que c’est parce que je croyais encore être une d’jeuns mais quand j’écoute les conversations des ados, je capte déjà plus rien de rien, et je sais toujours pas ce que c’est vraiment ni le swag ni le seum.

Quand t’as mon âge, tu n’as pas le droit de dire que tu vieillis. Non. Tout le monde te fout dans la tronche que mais n’importe quoi, t’es encore dans la vingtaine, pis t’as encore toute la vie devant toi, t’es une gamine, et toutes ces conneries. Mais non mon pote, j’ai déjà dépensé vingt+six piges de mon crédit de vie, et à mon âge y’en a qui ont déjà deux gosses, une baraque, un taf pépère, et sans doute que certains d’entre eux pourraient se dire : bordel, je voudrais tellement aller me la coller en mode vagabondage comme avant, de quoi elle se plaint la Chapal, elle est libre. Je sais bien que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, je sais bien qu’il ne faut pas envier les gens, ni fantasmer sa vie, ni la leur, et au fond ce que j’ai je l’ai voulu donc rien à redire de ce côté, pis d’ailleurs je rêve pas spécialement de pavillon avec un jardin, de me cogner l’école ou la crèche, ou d’avoir des crédits tout le tour du ventre, mais Bon Dieu que ça m’angoisse de me retrouver dans cet entre-deux chelou, quand t’es plus si d’jeuns que tu le pensais, mais que t’es pas en mode couple-gosse-famille-que-sais-je-encore. Comme si parfois j’avais le gong qui résonnait dans ma tête et qui me rappelait que hop, le temps file ma cocotte, va peut-être falloir te mettre dans le rang. Va falloir devenir un peu sérieuse et raisonnable, arrêter les trucs passionnels fous qui se consument et qui mènent à rien d’autre que des larmes, mais comment on fait, hein, pour devenir sage, pour arrêter les montagnes russes du cœur, et se caser, normal, avec des petites vagues mais pas trop de tsunamis, je vous le demande. J’aime toujours bien jouer au chat et à la souris, j’aime toujours bien c’te folie qui m’anime même si elle me dépasse parfois, et si j’arrête d’être ça, qu’est-ce que je suis ? Va voir un psy, vieille Roxou débile, me dis-je alors, au lieu de nous seriner. Mais je sais bien que je ne suis pas seule à m’angoisser ainsi, je sais bien que c’est normal, que c’est un passage obligé, un passage qu’on n’imagine pas vivre quand on a seize ans « parce que moi, sérieusement, avoir des gosses, mais what the fuck non merci, v’là le seum c’est trop pas swag » (je tente), je sais bien qu’il faut arrêter d’avoir peur, qu’il faut laisser le temps au temps, que ce qui doit arriver arrivera, mais au-delà de toutes ces belles paroles, hein, tout le monde peut pas finir comme Bridget Jones avec un type qui vient lui déclarer sa flamme au Portugal (ah mais non c’est Love Actually, encore pire) et c’est impossible que ça se passe bien pour tout le monde. Y’a forcément une sélection naturelle, y’a forcément ceux qui essayent toute leur vie mais pour qui ça marche pas, le bonheur veut pas d’eux, et ça, tu peux pas connaître le numéro que tu as décroché à la loterie, c’est le bordel, c’est la jungle, c’est la guerre. Pis alors, merci : autre dawa possible, c’est la question du choix. Même si ma philosophie dans la vie est : ce qui doit arriver arrive toujours, et que si tu as bifurqué à ce moment-là c’est qu’il fallait y aller (j’ai confiance en mes choix, allez, ça m’aide à pioncer la nuit), en love story je suis nullissime et je fais systématiquement le contraire de ce que je devrais faire.

Anyway (le v’là mon psy : c’est d’écrire un coup quand je me ménage pas les méninges), je suis dans la période où j’imagine de l’amour avec des rides autour, et de peut-être pas avoir tiré le bon numéro, je trouve ça plusse flippant que de se jeter dans le vide.