Journal — Cavalcade ///

À 1000 à l’heure, cavalcade / ferme les yeux.
Au-dessus chape de plomb gigue des morts / au-dessous nouveaux battements de cœur.
Et si jamais tu t’arrêtes tout autour le monde se fige et

Respire.

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Bim bam boum, cavalcade corazón, comme toujours ça débaroule dans l’palpitant. Si la vida est un grand parcours de montagnes russes — et elle l’est —, je viens d’atteindre un nouveau sommet, un peu plus haut que d’habitude / enfin, ça faisait longtemps que j’avais pas feelé doux, plusse que je ne le pensais — mais respire, j’manque pas d’souffle. J’étais plus habituée aux bas-fonds dramatiques, mais dame, ça valait bien toutes ces larmes. Sans nuance la jolie danse des revirements de situation. Sortir du brouillard d’en bas, caresser l’air chaud des jours heureux. Le temps est bon. Le ciel est bleu. De la guimauve de palabres, là je niaise à tout-va, mais gare, je suis pas dupe, t’inquiète : j’ramasse à la petite cuillère les paillettes dans mes yeux, je fais des réserves pour l’époque de la nuit qui va évidemment tomber.
J’me dis : jusqu’ici tout va bien. Mais c’est pas normal. Il va forcément y avoir baleine sous gravillon. L’équilibre est précaire. Fragile. Je n’oublie pas que derrière nous, derrière nos égrenages insouciants d’amistadamor, on a du sang qui inonde nos vies et qui nous fait allumer des bougies aux fenêtres un soir de janvier. Partout, l’homme se louve dans sa guerre sans love ni manières, saccage carnage remue-ménage redevient sauvage animal bestial rapace / alors le temps est bon, le ciel est bleu, dans mon p’tit monde si j’ferme les yeux, mais il faut prendre son courage à deux mains et ne pas se laisser enfermer dans le carré maudit des ignorants, des aveugles, des égoïstes, des machiavéliques. J’écris ça dans un café de Pantruche, peu après qu’on ait maquillé de sang la camarde, je suis pas en terrasse car ça pèle mais le cœur y est. Ça m’a chavirée, ça m’a remuée, les petits ruisseaux d’injustice qui coulent dans nos veines, noient nos espoirs façonnent nos peines, qui explosent à nos visages, qui débordent de rage, qui nous achèvent un monde entier.

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BIM

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Premier round — Dans ta multitude de routes, tu croises euphorie caresse précipice, pour rire, juste pour rire, parce que c’est si simple qu’on dirait du coton, si simple si facile dans la p’tite cavalcade secrète, cache-cache on se miroire sans savoir, dame trop tard.

Deuxième round — Feu follet, ça se rapproche, ça s’accroche, au fond d’moi j’flippe j’ramasse et j’angoisse mais dame trop tard.

Troisième round — Au grand jour vérité éclatée / ça s’écrit maintenant / …

° ° °

Au summum de nos sourires, Navidad entre familia y amigos, je creuse des petits chemins, ça jalonne de points de repères pour la suite de la life, j’aurais au moins ça dans mes cartons. Difficile de faire la somme de tout ce qui s’est passé depuis… octobre.  Résumons cela en : Toulouse, Communard, la fine équipe, fiesta, fous rires et grandes discussions, de la zik du fun, du vélo mucho aussi ah oui ! et des bouquins, toujours, et de la normanflette, des repas faramineux chez les copains plus cuistots que des cuistots, de la calooor dans nos coooorps, des non tu t’en vas pas, des retrouvailles, un popotte toujours au top au volant de sa Laguna2000, des bébés + des mariages venus et à venir. Dans l’ensemble, du grand positif plusse plusse.

° ° °

J’ai encore une fois trop attendu, j’avais commencé ce billet full bonheur et là je suis tiraillée parce que winter is coming. Période difficile pour le taf. Je nous félicite vraiment d’exister depuis trois ans avec Chapal & Panoz quand tant d’autres freelances — et on comprend pourquoi — sont obligés de mettre la clé sous la porte après quelques mois (et je repense à nos journées entières de stress à Barcelone où on se demandait comment on allait faire pour vivre) mais je m’angoisse pas mal de ce qui nous attend. Le statut qui change, comme si en France on voulait systématiquement décourager ceux qui ont envie d’entreprendre. Au premier de l’an, j’ai rencontré une jeunette de 19 piges à qui j’ai fait tout un laïus sur la liberté d’entreprendre, suivre ses rêves, blablabla, et j’y croyais profondément (après quatre verres de vin) lorsque je lui disais, des étoiles dans les yeux, que même si c’était difficile c’était beau de faire ce qu’on voulait. J’ai un tout petit peu oublié de lui dire que oui c’est beau mais seulement sur le papier. On doit jongler avec des gens qui nous payent en retard — alors que nous on fait tout pour respecter nos deadlines… mais c’est vrai qu’on n’a pas du tout besoin d’argent pour vivre —, des projets qui mettent plus de temps que prévu, on se bouffe des montées de stress de dingue pour faire du débug sauvage, ou avoir des idées, des bonnes I mean. Mais bon, oui, vas-y, suis tes rêves, parce qu’en fait, t’as que ça… et disons que c’est déjà ça. Quoi qu’il arrive, j’me dis que je me débrouillerai bien. J’essaye de faire confiance à la Roxou du futur tout en foutant des grosses baffes à la Roxou du passé pour n’avoir pas mis d’oseille à gauche. Fucking cigale, si t’arrêtais d’en faire qu’à ta tête, la bise s’en vient et t’es à poil.

Du côté de la maison d’édition, que dire, à part que comme toujours, le côté financier noircit un tableau qui pourtant s’éclaircit de jour en jour éditorialement parlant. Pas mal de petites structures à la peine ou qui tirent le rideau en ce moment. RIP La Matière noire, d’ailleurs, avec qui Panoz a travaillé, travail éditorial de qualité et aventure humaine au top.

Alors, dans ma besace il y a notamment Climats, de Laurent Grisel

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mondeling, de Guillaume Vissac et Junku Nishimura

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Le cercle du rivage, de Laure Morali et Chris Friel

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et puis d’autres / et puis en vrac… un peu de littérature rapide.

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On a fait un p’tit tour à Bilbao en duo / il y avait une maman-araignée géante, du Guggenheim Museo of course, des pintxos délicieux, un Cotton Club en mode flamenco, de la bière, de la mer, de la route, du vent, c’était bon comme un bon Bourbon.

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Clique ici c’est marrant.

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J’ai encore des choses à dire : écoutez Lucio Bukowski (que je vais voir le 4 février au Métronum, youp youp, mais bon ça c’est juste pour me la jouer)(en toute humidité). Ensuite regardez Orphan Black, une série folle dévorée sans respirer, que je conseille grandement. Et puis, pour rire, rire, RIRE : Parlons peu… parlons cul. 

° ° °

BONUS RAGE POUR PARASITE / ça viendra que je te dise pourquoi, un jour

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Faut pas jouer les victimes quand on roule les autres dans la farine. Escroquerie croque et rit sans accroc mais rira bien qui rira le dernier. Qui sème le vent récolte la tempête. Madmax furax.

***

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J’ai fait un nouveau p’tit mixxx. J’ai pas continué Mohsadena. J’écris que quand je suis dans le gouffre, finalement.

Vadrouille

/ voyage improbable de littérature jeunesse un peu trop facile / morceau de Mohsadena / brouillon

Ça clignote de partout dans l’aéronef de Bouchon ; fils de fer et carton-pâte, c’est l’épopée de la bidouille, le vaisseau qui fait marrer les piafs. Quatre places collées serrées, pas plus, pas moins : le pilote devant, les deux observateurs au milieu, le mitrailleur derrière ; ainsi en a décidé le capitaine.
/ D’accord. Mais, imaginons, je dis bien, imaginons, hein, j’ai pas peur, mais dans le cas, je sais pas, d’un orage, d’un ouragan… d’une tempête de grêle… tu crois qu’on pourrait s’écraser ?
/ On est des cowboys de l’espace, on vole plus vite que la mort, t’inquiète !
/ N’empêche…
/ Pierrot ! Gâche pas tout ! Des cowboys de l’espace ! Des bohémiens du ciel ! Des aventuriers, des durs à cuire ! Pas des pleureuses intergalactiques !
/ C’est facile pour toi, t’es devant, t’as de l’air. Moi je suis dans le fond, j’étouffe.
/ T’es dans le fond parce que c’est toi qui vises le mieux. Tu veux que je te rappelle la dernière fois, quand on a tiré sur les bouteilles ? Bon. Alors. T’as une vue imprenable, en plus. Non mais mate comment je t’ai aménagé ton coin ! T’es le roi !
/ On n’a pas d’ennemis, qu’est-ce que tu veux que je vise !
/ On s’entraîne, bordel, Pierrot, fais marcher ton imagination et tais-toi, j’ai pas fini mes réglages.
/ Ils sont où les autres ?
/ Ils fricotent.
Pierrot soupire, recroquevillé dans le fond de la carlingue, avec sa mitrailleuse d’avant-guerre qui tire des balles en plastoc. Il a entassé pêle-mêle une dizaine de bouquins — des manuels de survie, des modes d’emploi, des dictionnaires en plusieurs langues —, un télescope portatif, des couvertures, deux lampes de poche, son carnet de bord, une vieille radio.
/ Ils font que ça…
Bouchon se marre ; ses lunettes d’aviateur sont trop grandes et sa gapette à carreaux est pleine de cambouis, mais dame il a l’air d’un explorateur aguerri ; qu’on se rassure, c’est encore qu’un branleur. Il fume une clope en sifflotant. Il est heureux. C’est son grand jour. Il attend ça depuis des années. Patiemment, il a assemblé chaque morceau de cette tôle, il a testé, il s’est planté, il a survécu, il a recommencé, encore et encore, et le voici enfin parfait, équilibré, rapide ; il l’a dressé, dompté, son oiseau mécanique, son bijou qui fend l’air, son coucou magnifique, et il s’apprête à en démontrer la splendeur au monde entier.
/ En plus j’ai trop chaud.
/ Bon Dieu Pierrot, si seulement je pouvais te mettre une baffe à chaque fois que tu te plains…
/ … Tu serais punching-ball d’or !
Gufo grimpe prestement dans Le Calypso, balance son sac en toile sur son pauvre copain du fond. Il rayonne, avec son éternelle clope au bec, et son vieux jean troué qui laisse apparaître sa peau bronzée. Anouk le suit, en souriant de toutes ses dents, légère dans sa robe blanche et ses sandalettes de cuir.
/ Ah ben vous v’là ! Pas trop tôt. Je suis obligé de supporter l’autre geignard depuis une heure, vous auriez pu vous magner…
/ Tu sais comment qu’c’est, elle en a jamais assez.
/ Ta gueule, Gufo. Si tu savais tenir la cadence…
/ On a tout ? Bouffe, alcool, fume ?
/ On a tout.
/ L’eau ?
/ Trois gros bidons sous le cul de Pierrot.
/ Carburos ?
/ Sous le cul d’Anouk. Fais-y gaffe qu’elle y foute pas le feu, elle est encore brûlante ma p’tite Anoushka…
/ Mais c’est qu’il est drôle en plus !
Ils se chicanent tous les deux, entassés l’un sur l’autre sur les fauteuils de tissu fleuri. Une p’tite cabane volante qu’ils ont là nos loustics. Tout est bien calé à sa place, si ça tombe c’est qu’eux aussi, mais y’a rien qui peut bouger, c’est garanti, du pile-poil, du sur-mesure.
/ Bon… On y va les copains ?
/ Ouais. Allez ! Go mon capitaine !
/ Go go go !
Ils crient comme des Sioux.
Au milieu du champ, campagne, soleil, il est midi, Le Calypso étincèle et commence à rugir ; l’hélice tourbillonne, l’herbe se couche, ça fait un boucan infernal et la fine équipe prend son envol, à toute berzingue.
/ Les amis, nous y voilà ! Pleine bille sur l’horizon !
Et Bouchon pousse les moteurs à fond ; ça leur coupe le souffle de mirer leur terre qui s’éloigne si vite d’eux, et d’un coup ils se sentent libres, tous les quatre perdus au milieu du ciel, dans leur course à l’aventure.

*

Bientôt c’est l’océan qui scintille. Comme une noix lancée par un tire-chaille géant, l’aéronef survole la dernière falaise et s’élance au-dessus du vide bleu. Gufo colle son nez au hublot.
/ La mer est calme mon capitaine, mais y’a assez de vent pour déplier la grand’voile !
/ Vindieu ! Je vous fais confiance, matelot ! Tirez donc un coup sec sur le cordon rouge à votre droite et voyons ce que ça donne ! C’est bien l’diable si on en fait pas quelque chose de c’te bateau volant !
Dans un grand vacarme de tissu qui se déploie, l’aéronef se coiffe soudain d’une voile triangulaire. Ça se déplie anarchiquement mais ça tient ; et ça fonctionne même plutôt pas mal cette histoire. Bouchon regarde dans son rétro de mobylette recyclé pour l’occasion, satisfait. Un coup d’œil sur son tableau de bord, les aiguilles s’affolent pas, on dirait que ça se cale tranquillement.
/ Comment ça se passe mon capitaine ?
/ Les enfants, je pense qu’on vient d’inventer le premier aéronef à voile. C’est pas pour autant que je vais couper les moteurs, surtout qu’on est au-dessus de la flotte, mais ça va nous économiser un sacré paquet de carburos. Allez hop ! Envoyez le champagne !
Pierrot débouche la bouteille sous les hurrahs des compères. Anouk se colle à son hublot, les yeux écarquillés. L’immensité qui leur colle à la peau lui donne le vertige. Les regards se croisent, l’excitation ondule dans l’espace, on sourit, on souffle, on sait plus quoi dire, plus personne n’a les mots, alors c’est simple, ils font silence dans l’après-midi qui meurt.

[…]

° ° °

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BAM

° ° °

{Salut poupée.}

Le mec il commence comme ça. Salut poupée. T’as du son qui fait rebondir tes tripes en ballet de montagnes russes, t’as de la poudre jusqu’aux yeux et des buvards qui fondent sur ta langue, t’es dans la brumusicale, au cœur du tourbillon, dans l’œil du cyclone, t’en finis plus d’te perdre à la sauvage dans le boum-boum électronique déphasé en dents de scie triphasé tac tac emphase désespérée cri sans lendemain t’es là pis t’es bien, t’es  l’animal éphémère, l’anonyme fantomautomate, la reine des zombies, tu t’accroches à c’que tu peux, des murs d’enceintes, des chiens, des casquettes, et ce mec débarque d’une autre planète pour te balancer ses mots d’un autre âge. Salut poupée. Ça t’fait marrer. Au-delà de tes dents serrées, des lumières brutales et des basses assommantes, y’a quelque chose en toi qui se réveille. Le hors-norme dérange, toi il t’arrange. Tes matins de rave sauvage attaquent en clair-obscur le pays des responsabilités, d’la routine et d’la galère / ça t’lave du souci, ça te ressuscite et ça te libère. Tragiques et pitoyables, les cadavres de guerres hallucinées s’achèvent à l’épuisement, vibrance errance camtar et transe, t’es au milieu et t’es pas encore décidée à t’arrêter.  Pow wow wow indiens aliens pirates et cowboys, c’est le marathon du bizarre, l’épouvante pour la gloire, la course au sommet / comme un seul homme les silhouettes cavalent en cadence / tu fermes les yeux plus rien n’existe. T’es personne au pays des merveilles, quand le monde réel s’ensommeille et que tu t’abandonnes aux mâchoires d’acier des vibrations répétées. Dissolue dans la nuit trouble, tu t’effaces fascinée face aux faces décimées en toi tout bouge et s’écroule tu tombes et roules tu souffles respires et repars au combat /

Alice, poupée, ici tu t’appelles Anarchie, t’es personne tu frissonnes / tes redescentes s’accumulent et t’écrasent / t’es seule. Alors le mec il commence comme ça. {Salut poupée, je cherche le cri du hérisson.} Tu comprends rien soudain ça t’épuise, tu cherches et trouves, l’endroit pour pioncer et doucement t’allonger au pays du non-rêve / pas de sourire sur tes lèvres mais t’as les poings serrés faque tu murmures pour toi seulement qu’Anarchie vaincra.

° ° °

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BOUM

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C’est ça d’écrire sur plusieurs mois sans jamais finir. Cavalcade l’été s’enfuit.

Quatrième round — La nuit tombe aujourd’hui. Fin de l’histoire, arrivederci. Un peu de silence et de solitude, il est temps pour ma pomme, ça fera du repos pour celle des autres, des cailloux dans l’engrenage de la quiétude mais pas d’inquiétude, c’est mille fois mieux ainsi. Cuore cuore cuore. No sadness / this is relief. Bim la bisque dans ma fasque.

Mais dans tous les sens, je sens pointer l’orage. La linea baja se radine, damned, et l’horizon s’obscurcit. Va falloir trouver des plans B.

requins

Joie dans vos cœurs.

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