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Ebook design et construction de La Croisée des marelles

La Croisée des marelles est un projet mené par Isabelle Pariente-Butterlin (pour les textes) et Louise Imagine (pour les photos), toutes deux bien connues des fidèles lecteurs de Publie.net. Cash et sans chichis, je donne le lien qui vous mènera à lui : suivez le fil, embarquez-vous.

Si je fais cet article aujourd’hui, c’est en fait en pensant à l’ami Marc Jahjah qui s’intéresse (entre autres multiples choses, plus ou moins compréhensibles par mon cerveau limité) au process/workflow de la création du livre numérique, à la relation auteur/codeur, bref à ce que j’expérimente all day long chez Publie.net. Comme ça fait du bien parfois de faire une pause dans les projets en cours, de mettre à plat et d’expliquer ce qu’on fait, nous autres codeurs cachés derrière ce nouveau genre de bouquins, et comme finalement je lis beaucoup d’articles à propos de pourcentages de lecteurs numériques (j’ai rien contre les statistiques mais ça me gonfle prodigieusement) ou du « droit numérique » (qui m’intéresse beaucoup plus et pour ça, lire par exemple Calimaq expert en la matière, dont les articles sont une mine d’or — je dis volontairement « droit numérique » parce que c’est assez large pour contenir les millions de questions qui en font partie), mais rarement du côté où je me pose, et qu’en fait on sait finalement peu comment ça se passe l’édition — numérique ou papier — vue de l’intérieur (parce qu’on ne pense pas que des gens font les livres — on les lit —, tout comme moi-même je ne connais pas le process de fabrication qui a conduit à toutes les choses que je possède, tout comme on ne pense pas que des personnes produisent ce que nous mangeons, big up mes parents agriculteurs), bref, je pense qu’on a la chance d’ouvrir les entrailles de nos métiers afin que ceux qui sont au bout de la chaîne sachent ce qu’il y a derrière. C’est une petite étiquette que je colle au livre, avec l’origine, la provenance, et les colorants ajoutés (il y a du cheval dans ce livre et ceci n’est pas une joke)(j’espère que la blague du cheval n’est pas dépassée, j’avais commencé à écrire cet article quand c’était le gros buzz).

La combinaison textes + photos je l’ai déjà expérimentée, par exemple pour Affrontements d’Arnaud Maïsetti, mais à chaque nouveau livre, c’est un autre chemin que l’on tente d’inventer. J’ai gardé certains codes d’Affrontements (la mise en page du texte), la construction non-linéaire (c’est-à-dire que quasiment tout le livre, hormis les pages liminaires, est « encapsulé » : on y accède seulement grâce à une navigation intégrée — ceci est pour l’instant valable principalement sur l’iPad, je sais que je vais me faire taper sur les doigts et il n’y a pas plus défenseurs de l’interopérabilité que nous-aut’ chez Chapal&Panoz hop le coup de pub, mais là c’était iPad style, ne serait-ce que pour le combo audio+no-linear ; le texte est lisible en scrollant) ; j’y ai ajouté une table des matières photographique grâce à un slide, et une navigation plus optimisée pour les tablettes (on s’améliore à chaque fois).

Voici ce que je reçois au tout début dans ma Dropbox : des sons, des images et des textes. Comme j’ai pas mal de projets en même temps, je rajoute ça dans mon petit planning Evernote (qui doit être décortiqué par Noam-Norkhat apparemment, je suis totale transparente aujourd’hui décidément) et je commence, un petit bout chaque soir. Car comme je décide tout de suite que c’est un plus gros projet que certains autres — non pas par favoritisme, juste qu’au niveau du code et de la mise en page, de la conversion et de l’optimisation, ça prend simplement plus de temps et demande plus de réflexion qu’un roman classique por ejemplo — je me donne pour date-butoir mars (je le reçois mi-décembre). Il faut savoir que j’ai travaillé en tout dessus (en temps effectif) environ deux semaines (à la louche, c’est peut-être plus c’est peut-être moins, j’ai testé pas mal de trucs bizarres dessus qui n’ont pas tellement fonctionné), mais réparties sur ces trois mois (je finis d’écrire cet article le 14 mars, jour de l’ultime version).

Au niveau du tempo, j’ai la chance de travailler avec deux auteur(e)s disponibles, donc quand j’envoie un mail, je sais que j’ai la réponse super rapidement (pas négligeable dans un projet comme celui-ci ; et bon j’avoue que je ne suis pas super patiente non plus, j’aime que ça avance sinon les projets s’accumulent et on n’en voit pas le bout). J’ai eu plusieurs projets qui se sont rajoutés à celui-ci — comme les Satires d’Horace, un sacré gros morceau de mise en page, nouvelle traduction de Danielle Carlès — et pendant quasiment un mois, je n’ai pas eu le temps d’y toucher. J’ai changé d’idée plusieurs fois. Au cas où ça vous intéresserait, voilà la suite.

Voici le projet à ses débuts (autant dire que j’ai zappé des choses, comme la version ADE + Kindle. Je ne dis pas qu’elles ne viendront pas un jour, car réserver une lecture à un seul support c’est se couper de beaucoup de lecteurs, et j’en suis bien consciente. C’est donc dans la To Do List, car ceci n’est qu’une proposition de lecture : il y en a des dizaines d’autres possibles, et selon les supports, il faut réorganiser totalement la manière d’agencer les choses. Je vais donc faire de mon mieux pour « convertir » cette proposition vers ADE et Kindle). Choix typo (Andada+Averia), background (from Subtle Patterns), quelques-uns de mes magnifiques croquis que je peux vous montrer grâce à mon scanner super fou à la vitre cassée. (On se moque pas de mes tentatives de dessins de marelles, ça fait longtemps que j’y ai pas joué).

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Le texte (tous les screenshots sont faits à partir d’un texte non-corrigé, donc ne pas s’affoler s’il y a des fautes, il s’agissait de versions de travail) :

et la table des matières :

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L’idée étant que le lecteur puisse, en faisant un « tap » sur l’icône de la photo, ouvrir la photo concernée dans une lightbox, et en faisant un « tap » sur l’icône de l’audio, faire play/pause. La table des matières reprend l’idée de Gwen mise en place dans un autre livre, L’instant T. Mais je cherche tout de suite à tester autre chose, car je trouve que cela ne s’applique pas forcément à ce livre-ci : je voudrais avoir toujours sous la main cette table des matières de photos sans revenir à chaque fois sur une page de table des matières spécifique. Pourquoi ? Parce que j’imagine dès le début, et au vu de l’articulation texte-image, qu’il y a plusieurs façons de lire le livre : une méthode linéaire et une méthode plus aléatoire (et de fait, ici, photographique). Et parce que si L’instant T est clairement orienté « image », ce livre-ci donne la part belle au texte comme à la photo, chacun étant le moteur de l’autre.

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Évolution avec l’intégration d’un slideshow comme table des matières (ça fonctionne aussi dans l’autre sens, mais j’oublie toujours de faire des screenshots en mode paysage) :

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Début de navigation intégrée :

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Peaufinage-changement-multiples-versions : j’enlève l’icône de la photo et décide d’intégrer les photos dans le flux du texte, le « tap » sur l’icône pour ouvrir une lightbox photo étant trop gadgétisant et inutile. Je décide de placer la navigation à droite. Au début, je la place en haut, puis plus bas, au niveau des mains (quand on tient une tablette, mais bon chacun la tient différemment, c’est disons… un compromis) pour que la navigation soit accessible facilement. Je rajoute une icône « table des matières » car je crée une table des matières textuelle en entrée de livre. Je rajoute ce contour noir au-dessus du slideshow car en no-linear, une barre noire, avec une croix pour fermer la fenêtre, apparaît une fois sur deux (voir au-dessus, screenshot de ma première table des matières) : dans cette configuration, elle n’apparaît pas sur les photos — et donc ne les coupe pas — et se superpose au contour noir. Et de toute façon, si je ne suis pas claire, il ne faut pas m’en vouloir. C’est pas si important que ça les barres noires.

Ce qui n’était qu’un simple :

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devient :

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Mon icône « table des matières » est désormais reliée à… une table des matières (je demande à Isabelle de donner des titres aux textes, qui n’avaient que des numéros, afin que l’on se repère mieux / et également je trouve qu’on a plus envie de choisir un texte dans une table des matières s’il a un titre plutôt qu’un numéro, disons que l’on a un indice supplémentaire) :

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Je crée un mode d’emploi (que j’espère clair) :

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la cover et les crédits :

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Préface (et pages auteurs, notes etc.) selon le même modèle centré en longueur, « à la manière d’une marelle » dans mon esprit :

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Tout en sachant que pendant ce temps-là, il faut convertir et optimiser au mieux les morceaux audio (une vingtaine) et les photos (une trentaine) — ça reste lourd j’en suis consciente mais c’est le max, en parallèle avec le travail de relecture bien sûr (toujours ma géniale comparse Christine Jeanney à la barre) et pendant le travail de lutte contre les césures intempestives d’iBooks, qui n’a toujours pas intégré que la langue française existait). J’enlève le césurage et je césure à la main dans le code (la largeur du bloc de texte le permet, et le no-linear donne ici un texte fixe).
C’est la v03 (officielle) — entre-temps il y a eu je pense 7 versions, mais disons que trois sont vraiment très différentes — qui est l’ultime, et voilà. À vos tablettes. Prochaine aventure : le volume 2 de Meydan / La Place, anthologie d’auteurs turcs contemporains traduite par la talentueuse Canan Marasligil et refonte du premier, histoire de donner une seconde jeunesse à des textes qui le méritent et de continuer l’aventure de Publie.Monde (deuxième coup de pub pour l’Anthologie des Poètes Grecs du 21e siècle, traduite par Michel Volkovitch qui est loin d’en être à son coup d’essai).

Ah oui et sinon, aujourd’hui c’est aussi la sortie de la trilogie folle de L’amour à Paris, de Marie-François Goron et vous auriez tort de vous en priver parce que vraiment ça biche, Belle Époque, crimes et étude de moeurs par l’ancien Chef de la Sureté, c’est queq’chose ! Et igualmente, pour les Vernophilus, il y a Haïkisations extraordinaires de Jules Verne, qui est une sorte de jeu sous forme d’haïkus, avec des illustrations originales, ceci bien sûr dans la collec ArchéoSF.

2 Comments

  1. La Dame au Chapal

    Merci Jeanne.
    Alors au fait Sabine, as-tu réussi ? 🙂

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