La Dame au Chapal





Comment l’éléphant a perdu ses ailes — Le cadal pour le Chapal, de Marie Nimier

Category : Articles Jan 8th, 2012

“Bon­jour chère Dam’ au cha­pal, saviez qu’ “au com­mence­ment des com­mence­ments, avant les “il était une fois” et avant même les “pas plus tard qu’hier”, au tout début des exis­tences ne vivaient sur la planète Terre que Presque-rien et Pas grand-chose…” 

Ça y est je l’ai ! Marie Nimier, dans sa grande bonté / générosité / sym­pa­thie / et plein d’autres mots bichants, m’a envoyé pour un Joyeux Noël / Anniver­saire (futur) ce livre que je cher­chais depuis maintes années : “Com­ment l’éléphant a perdu ses ailes”. (Et oui, c’était , dans les com­men­taires entre autres).

Grande sur­prise que la mienne de revenir en mes pénates brux­el­loises et de tomber sur un tel colis, d’autant plus que le bouquin était emballé mag­nifique­ment dans une vieille par­ti­tion jau­nie (Reflets sur l’étang, valse de Jean Rogelle et de Jean Dinardo si vous voulez tout savoir), donc petit détail qui évidem­ment fait gag­ner 10.000 points au cadal, mon amour pour le papier jauni étant aussi fort que mon amour pour les éléphants, oui madame (et puis l’intérieur de l’enveloppe, tout ça, tout ça…)

Marie Nimier, c’est elle, la classe hein.

Je ne peux pas ne pas en par­ler. Mais je vais mal en par­ler car c’est un tour­bil­lon, quelque chose qui passe trop vite pour qu’on lui colle des mots pro­pres et bien choi­sis. Ça tient de la sen­sa­tion plus que de l’analyse. Ça nous caresse en couleurs pas­tel, ça réflé­chit à grands coups de jolies métaphores, ça se trim­balle dans des double-pages insensées.

Ça valse de poésie tout là-haut, dans les mots de Marie éparpil­lés sur les dessins d’Hélène Riff. Je me rap­pelais un p’tit bon­heur quand j’avais lu ça au détour d’un bouquin­iste : pour une fois, ma mémoire ne m’avait pas trompée.

On ne sait pas racon­ter un tel livre, mais je tente quand même. (On ne “sait” à la belge = com­prenez on ne “peut” — car je me la joue belge).

Sur la Planète Terre, au com­mence­ment des com­mence­ments vivaient seules deux éléphantes ailées. Une his­toire imper­ti­nente et bur­lesque qui raconte com­ment vin­rent au monde toutes les créa­tures vivantes : tortues, girafes, ser­pents… sans oublier les filles et les garçons !”

Vous voyez, quand deux éléphantes ailées s’aiment, ça a des con­séquences. Naturelles, les con­séquences. On lève la trompe et v’là qu’un oeuf appa­rait dans le ven­tre de Presque-Rien. Et v’là que dans l’oeuf, mazette, une tortue. Nom De Diou. Elle a des yeux d’un beige un peu sale, alors les éléphantes, Presque-Rien et Pas-Grand-Chose, arrachent de leurs ailes une belle plume bleue et la posent sur les yeux de leur progéni­ture. Et là, illumination…

Dans le ven­tre de Pas-Grand-Chose, Madame engrossée par une sim­ple odeur…, v’là t-y pas qu’un autre hôte se loge. La cham­bre est pré­parée, le berceau, la table à langer, les grands pré­parat­ifs, elles sont toutes folles les éléphantes, ça tournoie, ça galope, ça bat des records de vitesse, ça vole dans tous les sens.  Un peu plus grand que d’habitude le p’tit habi­tant, une girafe peut-être bien. Va fal­loir ral­longer la poussette.

Et bonté divine — car c’est le mot — plus ça va, plus ça pousse, des créa­tures dans tous les sens, la Terre se peu­ple à vitesse grand V, alors une petite plume pour cha­cun — la tar­en­tule, la vache, le ser­pent — et puis voilà une petite chose à deux pattes qui s’avance. Une fille. Puis une autre (mais avec un machin rigolo entre les jambes)(“je suis un garçon” qu’il dit)(si tu savais mon coco, tu vas morfler.)

Dernière plume aban­don­née au p’tit gars et ça y est plus de grand-huit, de loop­ing et de folies en plein vol, les éléphantes ont peu­plé la Terre mais ont perdu leurs ailes. Toutes les fleurs se fânent un jour.

Si on parle de ça, c’est parce que c’est une belle his­toire : des tré­fonds de l’imagination, nous voilà servie sur un plateau d’aquarelle, l’histoire de la Créa­tion. Et quand on a fini de créer, quand le temps de rêver se fait la malle, voilà donc ce qu’on apprend : des fusils, des pièges, du gris et des soucis.

D’ailes, point. No more. Les trompes poussèrent, les peaux se ridèrent, on vit la gri­saille s’installer sur le corps des pachy­der­mes. Et oui, car après la Créa­tion, arrive l’Histoire. Pas très belle, ou pas tou­jours. Des grandes joies de la Mater­nité (avec un grand Aime), on passe aux grands mal­heurs du Temps qui passe.

Les hori­zons des éléphants ont inventé l’Humanité, c’est assez incroy­able pour que cela mérite d’être sig­nalé. On n’apprend pas ça dans les cours d’Histoire — j’ai pas sou­venir mais j’ai pas mal séché.

Dans tout ce fatras mag­nifique, qui part dans tous les sens, aux niveaux de lec­ture agrip­pés sur les échelles des trapézistes qui se bal­an­cent du Nord au Sud, d’Ouest en Est (là vous n’avez rien com­pris mais en fait il y a une bous­sole en ces pages, il faut la trou­ver), on retient :

- du mor­dant sous la douceur

- de la poésie

- une façon sim­ple de con­ter des choses com­pliquées — si un jour j’ai des gosses (allez, ne par­lons pas de mal­heur mais enfin, un acci­dent est vite arrivé), ben je préfère leur racon­ter cette his­toire plutôt que celle d’Adan et Eve (ne me lynchez pas)

- de l’humour dans les détails (pour plagier Alain Cha­bat, “avez-vous déjà vu une tyroli­enne de tous les ani­maux de la Terre, ten­due entre deux mon­tagnes ? — Main­tenant oui.”

et surtout : bravo pour la con­struc­tion de ces pages. On arrive devant, per­dus (qu’on croit.) Mais l’instinct nous pousse à com­mencer par ce mot-là — c’est le bon ! L’instinct est là, mais surtout, la con­struc­tion du récit et de la mise en page…  Que j’aime énor­mé­ment. Pour le coup, du grand désor­dre ordonné, ça a l’air naïf, c’est tout le con­traire, c’est pétri de com­plex­ité, d’idées et de scènes qui se cachent.

Joli conte que celui-là, si vivant qu’il faudrait le voir animé pour de vrai, car tant de mou­ve­ments empris­on­nés sur une page me don­nent envie de voir bouger tous ces dessins. J’imagine que “les jours de fête”, les “éléphants roses” pour­raient danser entre tous ces mots écrits à la main, dans ce grand cirque qui me fait penser égale­ment à celui d’Amédée, toute mon enfance… (tu te rap­pelles Maman ?) (oui je parle à ma Maman, lisez pas, c’est perso). En plus, gamines vous vouliez des poneys voire des licornes ben moi… j’ai tou­jours eu un faible pour l’animal — l’éléphant, j’entends — majestueux, mag­nifique, éter­nel, King of the Kings. C’est peut-être à cause de Babar ou c’est peut-être à cause du Livre de la Jun­gle mais d’aussi loin que je me sou­vi­enne, j’ai tou­jours eu une fas­ci­na­tion pour lui. Et d’ailleurs même main­tenant si je ne devais avoir qu’un seul ani­mal de com­pag­nie… Mais enfin à Brux­elles, c’est pas pratique.

Amédée — Antoon Krings

Merci beau­coup Marie — joli cadal pour le cha­pal, je biche immen­sé­ment ! (Bon j’arrête de faire genre ma groupie main­tenant, parce que ça va devenir gênant après…)

(comme vous pou­vez le voir je n’ai aucune stratégie de com’ sur ce blog puisque je poste deux arti­cles en qua­tre jours et ensuite j’attends un mois pour en pon­dre un. C’est donc du grand freestyle.)

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(2) comments

norkhat
423 days ago · Reply

j’aime les éléphants, et tu écris si bien Rox­ane !
Tout cela m’emplit d’émotion, surtout que je sors de la pro­jec­tion d’Ong Bak 3
un film sur la danse, la poésie de l’être, la majesté de l’éléphant et (un peu) la boxe Thaï­landaise
phrase point du tout ironique, car c’est la vérité même

la majesté
des
éléphants
d’Hamilcar par exemple

à tan­tôt, tambien…

    La Dame au Chapal
    423 days ago · Reply

    Ben dis, quel défer­lement de com­men­taires mon coco ! merci ! pour le pas­sage et les mots, à tan­tôt mon p’tit ! :)

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