“Bonjour chère Dam’ au chapal, saviez qu’ “au commencement des commencements, avant les “il était une fois” et avant même les “pas plus tard qu’hier”, au tout début des existences ne vivaient sur la planète Terre que Presque-rien et Pas grand-chose…”
Ça y est je l’ai ! Marie Nimier, dans sa grande bonté / générosité / sympathie / et plein d’autres mots bichants, m’a envoyé pour un Joyeux Noël / Anniversaire (futur) ce livre que je cherchais depuis maintes années : “Comment l’éléphant a perdu ses ailes”. (Et oui, c’était là, dans les commentaires entre autres).
Grande surprise que la mienne de revenir en mes pénates bruxelloises et de tomber sur un tel colis, d’autant plus que le bouquin était emballé magnifiquement dans une vieille partition jaunie (Reflets sur l’étang, valse de Jean Rogelle et de Jean Dinardo si vous voulez tout savoir), donc petit détail qui évidemment fait gagner 10.000 points au cadal, mon amour pour le papier jauni étant aussi fort que mon amour pour les éléphants, oui madame (et puis l’intérieur de l’enveloppe, tout ça, tout ça…)
Je ne peux pas ne pas en parler. Mais je vais mal en parler car c’est un tourbillon, quelque chose qui passe trop vite pour qu’on lui colle des mots propres et bien choisis. Ça tient de la sensation plus que de l’analyse. Ça nous caresse en couleurs pastel, ça réfléchit à grands coups de jolies métaphores, ça se trimballe dans des double-pages insensées.
Ça valse de poésie tout là-haut, dans les mots de Marie éparpillés sur les dessins d’Hélène Riff. Je me rappelais un p’tit bonheur quand j’avais lu ça au détour d’un bouquiniste : pour une fois, ma mémoire ne m’avait pas trompée.
On ne sait pas raconter un tel livre, mais je tente quand même. (On ne “sait” à la belge = comprenez on ne “peut” — car je me la joue belge).
“Sur la Planète Terre, au commencement des commencements vivaient seules deux éléphantes ailées. Une histoire impertinente et burlesque qui raconte comment vinrent au monde toutes les créatures vivantes : tortues, girafes, serpents… sans oublier les filles et les garçons !”
Vous voyez, quand deux éléphantes ailées s’aiment, ça a des conséquences. Naturelles, les conséquences. On lève la trompe et v’là qu’un oeuf apparait dans le ventre de Presque-Rien. Et v’là que dans l’oeuf, mazette, une tortue. Nom De Diou. Elle a des yeux d’un beige un peu sale, alors les éléphantes, Presque-Rien et Pas-Grand-Chose, arrachent de leurs ailes une belle plume bleue et la posent sur les yeux de leur progéniture. Et là, illumination…
Dans le ventre de Pas-Grand-Chose, Madame engrossée par une simple odeur…, v’là t-y pas qu’un autre hôte se loge. La chambre est préparée, le berceau, la table à langer, les grands préparatifs, elles sont toutes folles les éléphantes, ça tournoie, ça galope, ça bat des records de vitesse, ça vole dans tous les sens. Un peu plus grand que d’habitude le p’tit habitant, une girafe peut-être bien. Va falloir rallonger la poussette.
Et bonté divine — car c’est le mot — plus ça va, plus ça pousse, des créatures dans tous les sens, la Terre se peuple à vitesse grand V, alors une petite plume pour chacun — la tarentule, la vache, le serpent — et puis voilà une petite chose à deux pattes qui s’avance. Une fille. Puis une autre (mais avec un machin rigolo entre les jambes)(“je suis un garçon” qu’il dit)(si tu savais mon coco, tu vas morfler.)
Dernière plume abandonnée au p’tit gars et ça y est plus de grand-huit, de looping et de folies en plein vol, les éléphantes ont peuplé la Terre mais ont perdu leurs ailes. Toutes les fleurs se fânent un jour.
Si on parle de ça, c’est parce que c’est une belle histoire : des tréfonds de l’imagination, nous voilà servie sur un plateau d’aquarelle, l’histoire de la Création. Et quand on a fini de créer, quand le temps de rêver se fait la malle, voilà donc ce qu’on apprend : des fusils, des pièges, du gris et des soucis.
D’ailes, point. No more. Les trompes poussèrent, les peaux se ridèrent, on vit la grisaille s’installer sur le corps des pachydermes. Et oui, car après la Création, arrive l’Histoire. Pas très belle, ou pas toujours. Des grandes joies de la Maternité (avec un grand Aime), on passe aux grands malheurs du Temps qui passe.
Les horizons des éléphants ont inventé l’Humanité, c’est assez incroyable pour que cela mérite d’être signalé. On n’apprend pas ça dans les cours d’Histoire — j’ai pas souvenir mais j’ai pas mal séché.
Dans tout ce fatras magnifique, qui part dans tous les sens, aux niveaux de lecture agrippés sur les échelles des trapézistes qui se balancent du Nord au Sud, d’Ouest en Est (là vous n’avez rien compris mais en fait il y a une boussole en ces pages, il faut la trouver), on retient :
- du mordant sous la douceur
- de la poésie
- une façon simple de conter des choses compliquées — si un jour j’ai des gosses (allez, ne parlons pas de malheur mais enfin, un accident est vite arrivé), ben je préfère leur raconter cette histoire plutôt que celle d’Adan et Eve (ne me lynchez pas)
- de l’humour dans les détails (pour plagier Alain Chabat, “avez-vous déjà vu une tyrolienne de tous les animaux de la Terre, tendue entre deux montagnes ? — Maintenant oui.”
et surtout : bravo pour la construction de ces pages. On arrive devant, perdus (qu’on croit.) Mais l’instinct nous pousse à commencer par ce mot-là — c’est le bon ! L’instinct est là, mais surtout, la construction du récit et de la mise en page… Que j’aime énormément. Pour le coup, du grand désordre ordonné, ça a l’air naïf, c’est tout le contraire, c’est pétri de complexité, d’idées et de scènes qui se cachent.
Joli conte que celui-là, si vivant qu’il faudrait le voir animé pour de vrai, car tant de mouvements emprisonnés sur une page me donnent envie de voir bouger tous ces dessins. J’imagine que “les jours de fête”, les “éléphants roses” pourraient danser entre tous ces mots écrits à la main, dans ce grand cirque qui me fait penser également à celui d’Amédée, toute mon enfance… (tu te rappelles Maman ?) (oui je parle à ma Maman, lisez pas, c’est perso). En plus, gamines vous vouliez des poneys voire des licornes ben moi… j’ai toujours eu un faible pour l’animal — l’éléphant, j’entends — majestueux, magnifique, éternel, King of the Kings. C’est peut-être à cause de Babar ou c’est peut-être à cause du Livre de la Jungle mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une fascination pour lui. Et d’ailleurs même maintenant si je ne devais avoir qu’un seul animal de compagnie… Mais enfin à Bruxelles, c’est pas pratique.
Merci beaucoup Marie — joli cadal pour le chapal, je biche immensément ! (Bon j’arrête de faire genre ma groupie maintenant, parce que ça va devenir gênant après…)
(comme vous pouvez le voir je n’ai aucune stratégie de com’ sur ce blog puisque je poste deux articles en quatre jours et ensuite j’attends un mois pour en pondre un. C’est donc du grand freestyle.)

423 days ago ·
j’aime les éléphants, et tu écris si bien Roxane !
Tout cela m’emplit d’émotion, surtout que je sors de la projection d’Ong Bak 3
un film sur la danse, la poésie de l’être, la majesté de l’éléphant et (un peu) la boxe Thaïlandaise
phrase point du tout ironique, car c’est la vérité même
la majesté
des
éléphants
d’Hamilcar par exemple
à tantôt, tambien…
423 days ago ·
Ben dis, quel déferlement de commentaires mon coco ! merci ! pour le passage et les mots, à tantôt mon p’tit !