La Dame au Chapal





Va t-en va t-en ce sera mieux pour tout le monde, de Christophe Grossi

Category : Articles Nov 9th, 2011

Je le con­nais­sais libraire numérique chez ePagine, je l’ai décou­vert auteur chez Publie.net. Avant de lire Va t-en va t-en ce sera mieux pour tout le monde, j’avais égale­ment pu apprécier quelques morceaux choi­sis de ses Déboite­ments.

C’est l’histoire d’un type dans une voiture, qui va de librairie en librairie pour essayer de ven­dre des bouquins. Mais ça, c’est pas du tout important.

“Christophe Grossi, pen­dant un an, a avait délaissé son métier de libraire (aux San­dales d’Empédocle, de Besançon, évo­quées dans le texte), pour devenir le représen­tant d’un édi­teur de théâtre con­tem­po­raine – pas n’importe lequel –, les Soli­taires Intempestifs.”

C’est l’histoire d’une soli­tude — seul parmi la foule — qui bataille con­tre le vide grâce à la bande-son de sa vie : ce n’est pas une image, chaque “scène” est liée à une musique bien par­ti­c­ulière. Tant et si bien que l’on regrette de ne pas pou­voir appuyer sur un bou­ton pour les écouter avec lui… (mais enfin Roxou, elles ne défil­eraient pas assez vite pour coller au texte… oui mais)(l’intérêt du livre numérique, l’intérêt du livre numérique).

Le quo­ti­dien d’un repré(sentant) dans mon esprit, c’est pas foli­chon foli­chon. (Pour ça d’ailleurs que j’essaye par tous les moyens d’éviter de me lancer dans ce pan là du monde ô com­bien mer­veilleux du livre). Néan­moins, je n’ai aucune peine à m’identifier au “per­son­nage”. Ce sen­ti­ment d’être seul sur la route, voy­ageant, ren­con­trant des gens qu’on ne reverra sans doute jamais, tis­sant ces liens éphémères et presque fugi­tifs, je le ressens quand je lis ces lignes. Et c’est un sen­ti­ment que je con­nais (un peu, mais quand même). Con­naitre le goût doux-amer d’être seul mais d’en être finale­ment un tan­ti­net sat­is­fait (ça ne se dit pas, ça se vit). On pense à ceux qu’on aime et on ne les en aime que plus lorsqu’ils sont loin (si, si…)

Dans ce road-trip cadencé par les nou­velles villes, entre les nou­veaux vis­ages, les dis­cus­sions autour du monde du livre et les chan­sons de tou­jours, il faut savoir que l’on est dans la voiture avec le nar­ra­teur, à côté du poste de radio, prêt à bondir au moin­dre change­ment de rythme. Ces errances là me plaisent. Les restau­rants, les ter­rasses, les bars, les autoroutes, les hôtels. Épuisante rou­tine saccadée.

Mais il n’y a pas que ça, loin s’en faut. Il y a aussi ce fameux Château, ces mys­térieuses S. et F. qui peu­plent le quo­ti­dien de Mon­sieur, tels des fan­tômes douloureux mais ras­sur­ants. On com­prend qu’il y a de l’amour dans l’air, et des prob­lèmes aussi (en toute logique). Les mots sont justes et per­cu­tants : pas besoin de longs dis­cours pour décrire les silences qui peu­vent nous assail­lir quand, traçant la route vers un but un peu flou, nous sommes en proie aux ques­tion­nements les plus ter­ri­bles. Ca a le goût du dés­espoir, fatidique et sans appel, de ceux qui tra­cent et qui n’ont pour seul port d’attache que les sou­venirs et les pen­sées qui les ramè­nent vers ceux qui ne sont pas là.

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Avec Christophe Grossi, on voy­age, on voit du pays. Chaque sai­son a sa région. Les librairies défi­lent, les bornes s’enquillent allè­gre­ment au comp­teur des jours et des nuits. Et puis tiens, il n’y a pas que le fond, la forme aussi joue son rôle dans ce road-trip esseulé. Pas de chichis et pas d’épuisantes fig­ures de style : ici, on est sincère et joue franc-jeu. L’écriture est poé­tique, les phrases sont tra­vail­lées : on n’attrape pas aussi facile­ment les sen­sa­tions, il faut les remuer au corps, les réchauf­fer, les malmener. C’est vrai­ment beau et ça me laisse finale­ment un petit goût de nos­tal­gie — d’un monde que je ne con­nais pas, para­doxale­ment ; je me recon­nais néan­moins fort bien dans ces moments hors du temps où l’on se sur­prend à vivre des instants un peu à part, dans le grand brouil­lard de la vitesse du voy­age, dans le tour­bil­lon de l’errance. Pas besoin d’avoir fait dix mille bornes pour comprendre.

J’ai en tout cas repris pied dans bon nom­bre de villes aupar­a­vant tra­ver­sées (et pour cer­taines, j’y ai même posé mes valises quelques temps), retrouvé l’éphémère des ren­con­tres d’une heure, d’un repas à une bonne table et, puisque les amours accom­pa­g­nant si bien ces douloureux man­ques sen­ti­men­taux, je me suis sur­prise à beau­coup aimer ce grand chassé-croisé qui se des­sine avec S. et F., quel que soit le sens que l’on mette der­rière le mot “amour” et quelle que soit l’importance que l’on puisse lui donner…

J’aurais encore dix mille choses à dire, sur des trucs mar­rants, poé­tiques, ten­dres, durs, bavards, rou­tiniers… mais enfin, je pense qu’il est temps pour vous de vous plonger dans ce livre, de fer­mer les yeux (après avoir lu, pas pen­dant, soyez pas mar­i­oles) et puis de repenser à tout ça avec un bon coup de musique dans le crâne.

La bande-son est à la fin, faites-vous la com­pil’ (comme au bon vieux temps)(dit-elle, alors qu’elle n’a pas encore un quart de siè­cle) et embrayez, the road is yours. Pleins phares dans la nuit, à pleine bille sur l’autoroute des grands jours.

Le livre est disponible chez Publie.net (et dans toutes les bonnes librairies) pour 2,99 euros.

Texte lu pour le Club des Lecteurs Numériques.

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(4) comments

Delphinesbooks
586 days ago · Reply

Et bien, tu me donnes sacré­ment envie de le décou­vrir celui-ci, dis donc !

[…] Va t-en va t-en ce sera mieux pour tout le monde, de Christophe Grossi […]

Tant mieux ! Je l’ai bien biché celui-là !

[…] Atten­tion les yeux, ceci est une chronique orig­inelle­ment pub­liée sur le blog d’ePagine. Bon, pas de chance, ils tombent sur moi et mon sale lan­gage. La prochaine fois, promis, je ferai quelque chose d’un peu plus lit­téraire. Mais comme tout le monde fait des choses lit­téraires hein… Usant, à force (qu’elle dit la drô­lesse). Merci à Christophe Grossi pour cet éta­lage de com­pli­ments alors que je ne l’ai même pas payé pour (souvenez-vous, je vous avais parlé du bon­homme ici). […]

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