La Dame au Chapal





Treize, d’Irina Teodorescu, aux éditions Emue

Category : Articles Nov 7th, 2011

Aujourd’hui, j’ai lu Treize d’Irina Teodor­escu, recueil de nou­velles paru chez Emue, toute jeune mai­son d’édition qui allie le numérique et le papier et qui s’attaque au genre dif­fi­cile de la nou­velle. Genre peu plébisc­ité en France mais qui con­nait ses let­tres de noblesse à l’étranger, notam­ment dans les pays anglo-saxons.

Bien­v­enue dans le monde vire­voltant et plein de fraicheur d’Irina Teodorescu…

Irina Teodorescu

Irina Teodor­escu

Roumaine instal­lée en France depuis une douzaine d’années, Irina est graphiste au sein de sa pro­pre agence de com­mu­ni­ca­tion à Paris.

Je suis née à Bucarest en 1979, où j’ai vécu jusqu’en 1999. Entre ces deux dates, j’ai eu une grosse décep­tion lorsque j’ai dû inter­rompre brusque­ment, en décem­bre 1989, une colonie de vacances au ski à cause de la révo­lu­tion qui venait d’éclater… Un an plus tard, j’ai créé “Fan­tas­tico”, le pre­mier mag­a­zine roumain pour enfants écrit par des enfants. J’ai tou­jours aimé écrire, mais à 16 ans j’ai obtenu (par hasard) un stage de pein­ture murale et, après avoir passé l’été à mélanger des pig­ments, j’ai décidé que je préférais la pein­ture. Je me suis ainsi lancée dans les arts visuels, au grand dés­espoir de mes proches, notam­ment de mon grand-père qui, du coup, ne m’a plus adressé la parole jusqu’à la fin de sa vie. Aujourd’hui, c’est à dire 15 ans après, je reviens à la plume. J’ai eu comme une envie soudaine de tout remet­tre à plat ! L’écriture m’est apparue comme le meilleur moyen pour cela, une fée lumineuse au milieu de tout le désor­dre que ma vie était devenue…”

(Présen­ta­tion de l’auteur et photo piochées sur le site d’Emue, merci)

Treize cour­tes nou­velles (qui por­tent toutes le nom de leurs per­son­nages, à la manière d’une galerie de por­traits un peu mys­tiques), treize comme ce chiffre porte-bonheur ou porte-malheur c’est selon, treize his­toires qui ont l’air de passer en coups de vent mais qui restent — pour cer­taines — ancrées dans les esprits.

Je ne les ai pas toutes aimées ces his­toires. C’est nor­mal, ça serait trop facile. Comme si je lisais treize bouquins à la suite et que je les appré­ci­ais tous autant les uns que les autres. Ca ne m’est jamais arrivé.

En fait, plus que les his­toires, j’aime l’atmosphère et le style de cer­taines (Mar­tine, Dorota par exem­ple) qui sen­tent le velours élimé et les tasses en porce­laine, dans l’antre des pein­tres et des écrivains du siè­cle dernier (avant-dernier). Ca frôle le coquin — mais pas bien méchant — et l’impertinence d’héroïnes peut-être moins inno­centes qu’elles n’en n’ont l’air… Peut-être parce que je suis amie et colo­cataire avec une con­teuse (de con­tes coquins qui plus est), alors je trouve les chutes de cer­taines de ces nou­velles somme toute assez prévis­i­bles. Mais ce n’est finale­ment pas un incon­vénient. On s’attend à la chute mais on appré­cie de tomber avec elle, qu’elle frôle le fan­tas­tique ou l’érotisme. Mais il s’agit ici des deux pre­mières nou­velles : l’auteur n’hésite pas à nous embar­quer égale­ment dans les trans­ports parisiens, nous fait voy­ager aux con­fins de Bucarest, de la Pales­tine, des États-Unis… dans un élan de mys­ti­cisme qui entre­croise sub­tile­ment les époques.

Treize

Irina pos­sède un style par­ti­c­ulier, rapide, incisif. Je l’imagine en voix off, un peu à la Klapisch ou à la Amélie Poulain, qui com­mente les images qu’elle nous met sous les yeux. Alors voilà, je me dis : ce sont de belles petites his­to­ri­ettes mais elles mérit­eraient pour cer­taines d’avoir droit à quelques pages de plus. His­toire de s’envoler vrai­ment et de creuser un peu plus pro­fondé­ment cer­taines références lit­téraires et les clins d’oeil com­plices aux­quels elles font par­fois allu­sion. Mais c’est là une envie per­son­nelle : bien évidem­ment, tout le charme d’une nou­velle réside dans le fait qu’elle se ter­mine sou­vent par ces points de sus­pen­sion qui méri­tent qu’on s’interroge sans cesse sur la fin “véri­ta­ble” de ce récit trop bref pour ne pas être frustrant…

Men­tion spé­ciale à l’épilogue de cette série — le treiz­ième récit — qui pos­sède une poésie toute par­ti­c­ulière et qui, dans un point final par­fait, clôt et assem­ble les morceaux du quo­ti­dien de ces hommes et de ces femmes anonymes.

Et puis pour finir, car per­sonne n’en parle jamais et encore moins en numérique, mais je dois dire que j’aime beau­coup la cou­ver­ture de ce livre, tout comme j’aime beau­coup les cou­ver­tures de tous les livres de cette mai­son d’édition que je vous invite à décou­vrir sans plus tarder ici.

Cette chronique est rédigée dans le cadre du Club des Lecteurs Numériques.

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(1) Comment

[…] la deux­ième fois que je parle d’Emue. La pre­mière fois, la treiz­ième fois. Je les biche, c’est ainsi. J’ai d’ailleurs un peu tardé à en reparler […]

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